Invité du Grand rendez-vous Europe1/Le Parisien-Aujourd'hui en France, dimanche matin, Dominique de Villepin était en forme. Répondant à tous les sujets d'actualité, il a défendu son projet, tançant, dès qu'il le pouvait, Nicolas Sarkozy. Selon l'ancien Premier ministre, qui assure "être un bon observateur de la vie politique française", le locataire de l'Elysée est sur une mauvaise pente. Et de donner des conseils à son rival présidentiel: "Pour redonner une dynamique, il n’y a pas 36 solutions. La première, c’est de changer de gouvernement, la deuxième, c’est de changer de politique."
Depuis deux semaines, Dominique de Villepin ne cesse d'affirmer "sa vocation à incarner [son] projet politique". Dimanche, au détour d'une question piège de Jean-Pierre Elkabbach, la vocation s'est quasiment transformée en confirmation: "Je compte porter ce projet", a lâché le président de République solidaire. Un glissement de langage que l'intéressé a immédiatement nuancé. "Je ne me déterminerai que par rapport à l’intérêt de la France", a-t-il expliqué avant d'ajouter, sûr de lui: "Je constate aujourd’hui que je n’ai pas beaucoup de concurrents." Au passage, il a glissé avoir déjà commencé à recueillir les 500 signatures d'élus nécessaires pour se porter candidat à une élection présidentielle.
Confiant avant le procès Clearstream
Si le 19 mars dernier, l'ancien Premier ministre s'était félicité de l'initiative de la France en Libye dans les colonnes du JDD, il s'est montré dimanche plus mesuré, voire critique à l'égard de la politique étrangère de l'Elysée. "Nous sommes dans une période surréaliste sur le plan politique", a-t-il constaté avant de commenter deux faits d'actualité majeurs du week-end. Il a tout d'abord estimé que "Nicolas Sarkozy n'a pas raison d'aller à Benghazi", fief des rebelles libyens. "On voit bien qu’on est en train ou qu’on risque de rejouer la scénario de l’Irak", a regretté celui qui a porté en 2004, devant les Nations unies, le refus français de participer au conflit irakien. "Nous n’avons pas vocation à nous battre pour un changement de régime en Libye [et] je ne veux pas que dans dix ans, des soldats français [y] meurent", a-t-il encore déclaré.
Dominique de Villepin a également réagi à la possibilité, évoquée par la France, de sortir de l'espace Schengen. Il a jugé qu'il s'agissait d'"une erreur", d'"un mauvais signal" et d'"une fuite en avant" qui ne ferait que "reporter le problème". Il a préconisé le renforcement de Frontex, l'Agence européenne de surveillance des frontières, et la création d'un corps de gardes-frontières, évoquée par Claude Guéant, et que Dominique de Villepin avait déjà proposée lors de son passage au Quai d'Orsay. "Veillons, a-t-il encore déclaré, à ne pas donner le sentiment aux Français que la politique est impuissante." Presque un slogan de campagne.
Reste que le procès Clearstream lui barre encore la route de la présidentielle. Interrogé sur le sujet, il a botté en touche assurant que l'échéance judiciaire "ne pèserait pas sur son projet politique". "C’est un rendez-vous et je m’y rendrai avec beaucoup de sérénité", a-t-il assuré, regrettant toutefois "l'acharnement du parquet". Une dernière étape avant de pouvoir se lancer dans la course à l'élection?















D’ailleurs, dès qu’il arrive à Lille, l’ancien Premier ministre fonce vers la maison natale de Charles de Gaulle qu’il n’avait jamais visitée. Lieu symbolique où il écrit sur le livre d’or : "A celui qui hier comme aujourd’hui montre le chemin du rassemblement des Français." Puis, il grimpe dans l’autobus où se presse une dizaine de fans, adhérents de République Solidaire. Direction : Marcq-en-Baroeul. Francis Holder, président de Château Blanc, fondateur des boulangeries Paul, une des plus grosses fortunes du Nord, lui fait visiter son usine de viennoiseries et de pâtisseries. Dominique de Villepin, charlotte sur la crinière poivre et sel, déambule, à l’aise, entre les rails de pâtes à pain et les tapis de macarons. Il défend son programme point par point face à Francis Holder, peu amène sur son programme présidentiel, notamment du revenu citoyen. "En France, la valeur du travail s’est perdue," regrette le boss. Mais Villepin persiste: "Nous sommes une société de castes. Je veux créer de nouveaux leviers pour corriger les inégalités du système."
