Serein

A son arrivée au palais de Justice pour la deuxième semaine du procès Clearstream, Dominique de Villepin affiche un large sourire. (Reuters)

La journée de mercredi sera certainement rude, mais ce lundi fut un délice pour le prévenu Dominique de Villepin, au procès Clearstream. L’ancien Premier ministre s’est vu décerner un brevet de vertu de la part de l’intransigeant Edwy Plenel, patron du site Médiapart et ancien directeur de la rédaction du Monde. « Pour moi, Dominique de Villepin n’a jamais relevé d’un quelconque cabinet noir », a déclaré Edwy Plenel, partie civile au procès. Ajoutant même ceci: « Pour moi, il n’est ni l’organisateur ni le commanditaire de la calomnie dont j’ai été l’objet ».

Le journaliste Plenel l’explique, il ne sait toujours pas pourquoi son nom a été ajouté, parmi d’autres, aux listings Clearstream. Et il regrette que l’instruction se soit concentrée sur une « chimère », une « lecture univoque » liée à l’élection présidentielle de 2007. Après avoir ironisé sur « l’hyper-partie civile » de « l’hyper-président » Sarkozy, Edwy Plenel déplore que les services de l’Etat, au courant très tôt du truquage des listings, n’aient pas protégé les autres victimes de la calomnie. Plenel rappelle qu’avant d’être accusé à tort d’avoir un compte chez Clearstream, on avait tenté de la faire passer pour un agent de la CIA dans l’affaire des écoutes de l’Elysée, sous Mitterrand…

Jean-Louis Gergorin, lui, en a pris pour son grade. En 2003, ce dirigeant d’EADS avait assuré à Plenel qu’Alain Gomez, l’ancien PDG de Thomson, était compromis dans « l’assassinat » de Jean-Luc Lagardère, rappelle à la barre le patron du site Médiapart. Alain Gomez, lui aussi partie civile, fait pour sa part un récit inquiétant des rumeurs que Gergorin colportait sur son compte, à l’époque où Matra et Thomson se livraient à une guerre industrielle sans merci. « La dénonciation calomnieuse, c’est détruire un individu en assassinant sa personnalité sociale », expose Gomez, qui voit « la signature de Gergorin » dans la manip Clearstream. En 1997, déjà, son vieil ennemi Gergorin avait remis un courrier destiné à lui nuire à une directrice de maison d’édition, avec prière de faire suivre au juge Van Ruymbeke…

Par Michel Delean (Blog Rédaction du JDD.fr)