28.05.2009
Dominique de Villepin partisan de "renouveler les hommes" à la Commission européenne
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a mis en avant mercredi la nécessité de "renouveler les hommes" au sein de la Commission européenne et d'instaurer "une nouvelle donne" après une période marquée par une politique libérale.
"Je crois personnellement à la vertu du changement, on a tout intérêt à renouveler les hommes, à les rafraîchir et, après réflexion, peut-être à les utiliser à nouveau", a déclaré Dominique de Villepin, qui évoquait la Commission européenne présidée par José Manuel Barroso au cours d'une réunion sur la France et l'Europe, dans les locaux de l'Assemblée nationale.
Cette réflexion portait sur les actuels commissaires européens. Elle a déclenché dans la salle les rires de ses partisans, réunis une deuxième fois autour d'un Dominique de Villepin ambitionnant de retrouver une place de premier plan à droite après avoir été écarté de la course à la présidentielle par Nicolas Sarkozy.
"En tout état de cause, nous avons besoin d'une nouvelle donne en matière européenne", a souhaité Dominique de Villepin, qui a estimé que la politique de la Commission européenne avait été "très marquée par la volonté libérale".
Interrogé par les journalistes, l'ancien Premier ministre a ensuite appelé à "garder ouverte" et à ne pas "confisquer" la question du renouvellement de l'actuel président de la Commission José Manuel Barroso, qui a reçu le soutien du Parti populaire européen mais aussi de Nicolas Sarkozy.
Continuant à jouer sa petite musique, Dominique de Villepin s'est démarqué à plusieurs reprises des positions de Nicolas Sarkozy, comme par exemple sur la Turquie. Contrairement à l'UMP qui écarte la perspective d'une adhésion à l'Union européenne, il a invité à ne pas "préjuger de l'avenir de ce grand pays".
L'ancien Premier ministre a assuré qu'il serait "fidèle à (s)a famille politique", "la famille gaulliste". Il l'a décrite comme étant au "coeur de l'UMP", en se gardant toutefois de l'identifier totalement avec le parti présidentiel.
"N'importe qui ne peut pas s'improviser député européen", a-t-il aussi ajouté, accusant les partis politiques français d'accorder trop peu d'importance aux élections européennes. "Notre politique nationale ne met pas suffisamment en avant tout ce que nous devons à l'Europe", a-t-il regretté, faisant le lien avec la forte abstention prévue par les sondages.
Par ailleurs, il a confirmé son "respect" pour le président du Modem François Bayrou, qu'il a rencontré et avec lequel il entretien "un échange régulier". "Nous avons des convictions communes sur la République, sur les valeurs partagées", a-t-il glissé. Il a assuré avoir lu son livre "Abus de pouvoir", qui "pose un certain nombre de questions". "Dans une démocratie, il faut avancer les yeux ouverts", a-t-il conclu, sans cautionner plus explicitement les critiques de François Bayrou à l'encontre du président de la République. AP
source (AP)
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25.05.2009
Dominique de Villepin à l'Assemblée Nationale mercredi 27 mai à 18h00
"La France et l'Europe" salle Victor Hugo à 18h00
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15.05.2009
Dominique de Villepin l'irréductible
Riposte. A quatre mois du procès Clearstream, il redouble de virulence. Et croit en son destin, comme jamais.
Anna Bitton (Le Point)
Il a changé de stratégie. Dominique de Villepin s’en va-t’en guerre ! Jusqu’alors, l’ancien Premier ministre émettait des réserves sur la gestion des affaires publiques, proposait des inflexions de cap, mais il s’interdisait la critique systématique et, surtout, refusait d’évoquer, fût-ce à la dérobée, sa chevauchée présidentielle. Il attendait, pour faire plus ample mouvement, son acquittement (il n’imagine pas une autre issue) au terme du procès Clearstream, en septembre. Aujourd’hui, il a admis que ledit procès serait éminemment politique. Une primaire avant l’heure. Il a compris que Nicolas Sarkozy ne changerait pas. « Se métamorphoser, c’est sans doute trop lui demander, confie-t-il au Point . Certains hommes politiques sont capables de se changer. Là, c’est plus difficile. » Alors... Alors Villepin prend acte. Et date.
« Les circonstances font que je crois n’avoir jamais été aussi déterminé à m’engager dans la vie publique qu’aujourd’hui », nous déclare-t-il avec la solennité des grands jours. Pour être encore un brin imprécise, la proclamation est néanmoins sans équivoque. Villepin a accepté de dissiper l’ambiguïté. « Jamais autant qu’aujourd’hui je n’ai senti à quel point mon engagement en politique était devenu non seulement nécessaire, mais naturel. Il y a un espace laissé vide, un besoin. » Le besoin d’une parole « explicative », « structurante » et... alternative. Car il reconnaît désormais « aller un coup plus loin que ne le ferait un "honnête homme" en insistant comme (il) le fai (t) sur ce qui (lui) paraît essentiel. » Trop puissamment habité par l’idée qu’il se fait de sa destinée, il ne saurait se contenter plus longtemps d’être un observateur avisé et courtois sachant dominer ses émotions. En dépit des apparences, ce n’est pas de lui que Villepin a une haute idée, mais de son destin. Il s’efforce de séparer son combat de lui-même. Cela fait toute la différence entre lui et un être ordinairement égotique. Toute la différence entre lui et un homme de peu de foi. Vous en doutez ? Interrompez sa logorrhée et demandez-lui doucement s’il croit en Dieu. Le feu de joie et de mots qui jaillit de sa volcanique personne s’arrête net. Silence embarrassé. Alors, croit-il en Dieu ? « Oui ! Mais je n’en parle jamais... » répond notre homme plusieurs tons au-dessous de son timbre habituel. La voix, méconnaissable, n’est plus qu’un souffle. « C’est si fortement ancré en moi que ça ne se formalise pas politiquement. Ça ne peut pas, ça ne doit pas être un argument politique. » Et de lâcher soudain, avec une brève moue dédaigneuse : « Les cerises en hiver, non merci ! » Allusion au dernier ouvrage d’Alain Juppé (« Je ne mangerai plus de cerises en hiver... », Plon), dans lequel le maire de Bordeaux, faisant fi de sa pudeur naturelle, commente son rapport à la transcendance. Très peu pour Villepin, qui ne cherche pas à « fendre l’armure », lui ! Bien au contraire...
Abasourdi
Il préfère guerroyer, chevelure argentée au vent et armes (sémantiques) au poing. « Nicolas Sarkozy, qui voulait être le début de quelque chose, est le dernier des Mohicans. C’est l’inverse de l’histoire qu’il voulait écrire. La rupture aura lieu après lui. » Il se mord les lèvres. Il ne souhaitait pas être aussi dur. « La politique menée aujourd’hui manque d’ambition, reprend-il. Le président de la République pense que, tout à coup, les 100 graines qu’il a jetées dans les sillons de France vont fleurir. Ce qu’il ignore, c’est qu’une addition de demi-réformes ne fait pas une réforme. Cela fait deux ans que l’analyse économique et sociale du gouvernement est erronée. » Le dada villepinien du moment : la « bataille de l’innovation », à côté de laquelle l’équipe au pouvoir serait en train de passer.
Ô délice, son statut d’opposant officiel est désormais reconnu, non seulement par les médias, mais aussi par ceux-là mêmes qu’il fustige. François Fillon n’a pas résisté, tout récemment, à la tentation de citer publiquement, pour le contrer, le nom de son prédécesseur. Villepin est sensible à cet hommage. Si Sarkozy ne lui fait pas ce plaisir, il réserve à ses proches l’expression d’un ressentiment intact : « Le fou qui a voulu me tuer » , assène-t-il en privé, « ce play-boy médiatique qui n’est même pas élu », « ce prévenu qui pense encore pouvoir jouer les opposants et qui bientôt ne sera plus rien ». « Bientôt » ?Le procès se tiendra du 14 septembre au 15 octobre. Alors que les sarkozystes se frottent les mains et que quelques-uns des amis de Villepin lui font valoir qu’il est rare, dans un procès politique, que l’opposant ne soit pas condamné, l’intéressé refuse de s’alarmer. Evidemment, le jour du renvoi en correctionnelle, il fut abasourdi. « Pis que ça encore, avoue-t-il. Ce dossier ne pouvait pas déboucher sur autre chose qu’un non-lieu. Pendant la période où nous nous parlions, Nicolas Sarkozy et moi, je n’ai pas abordé avec lui le sujet Clearstream. Je ne suis pas un dealer ! Je ne voulais qu’une chose : qu’il n’y ait pas de pression politique. Or, au bout du chemin, le parquet s’est fait tordre le bras. » Après son renvoi, il n’a pas appelé Sarkozy. « Ç’aurait été pour se soulager. » Le président ne s’est pas davantage manifesté. Depuis, « il n’y a plus de contacts et il n’y en aura plus ». Entre eux, le match sera d’abord judiciaire. Parce qu’il croit en sa belle étoile et fait mine d’ignorer les autres astres, Villepin s’est convaincu qu’ « il vaut mieux être mis hors de tout soupçon au terme d’un procès qu’avec un non-lieu ». Et comme il ne fait ni ne dit rien sans flamme et sans point d’exclamation : « Je serai au rendez-vous de septembre ! s’emporte-t-il. Je vais avoir une tribune ! C’est une énergie formidable, un procès ! C’est l’occasion de montrer qu’on n’a pas peur ! Toute ma vie, je me suis battu contre la peur ! » En attendant cette échéance, il occupe le terrain médiatique. Ce mercredi-là, il se réjouit de trouver trois caricatures de lui dans Le Canard enchaîné . « Quelque chose se passe ! Sinon je ne serais pas entendu, Bayrou ne serait pas entendu... » Bayrou. Le Béarnais aurait pu être un allié, y compris électoral. Se présenter sous les couleurs du MoDem, n’aurait-ce pas été de la dernière drôlerie ? « Je ne suis pas un mec drôle », tranche Villepin, toutes fossettes dedans. Il ne désertera pas sa famille politique, foi de gaulliste ! Le député des Pyrénées-Atlantiques sera donc un frère d’opposition. Il l’a « croisé deux fois dans un restaurant », mais ils n’ont pas encore pris le temps de se rencontrer tranquillement. Un rendez-vous était prévu ces temps-ci, décalé par Bayrou en raison de l’accaparante tournée de promotion de son livre.
Celui de Villepin (il est en train d’en corriger les épreuves) devrait sortir le 11 juin chez Plon. « La cité des hommes ». Ce ne sera pas une proclamation de foi antisarkozyste, moins encore un manifeste pour clamer son innocence. Villepin y causera politique internationale, vision du monde, un point c’est tout. Un point c’est lui. Le même qui est venu, le 1er avril, disserter de « La France et l’Otan » à l’Assemblée. La salle Victor-Hugo était comble. C’est là qu’il réitérera cette expérience euphorisante le 27 mai. Au menu : « La France et l’Europe ». Et comme il y a pris goût, il reviendra encore au Palais-Bourbon fin juin, cette fois pour évoquer les enjeux économiques et sociaux. « Il s’agit de lui donner la capacité de se rappeler aux bons souvenirs des uns et des autres », expose le député UMP Georges Tron, l’un des organisateurs de ces réunions et porte-voix du très informel club des amis de Villepin. Une mouvance qui devrait se structurer juridiquement dans les prochains mois. Pour un homme qui se rêve providentiel, n’est-ce pas déjà faire une vraie concession au réalisme politique ? Le chevaucheur empanaché, tout entier occupé à galoper sur la pente de son destin, semble enfin désireux de s’assurer qu’il est suivi.
Anne Biton (Le Point.fr)
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08.05.2009
Dominique de Villepin sur RTL : "Nicolas Sarkozy, un président pris à contre-pied"
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Dominique de Villepin.
Dominique de Villepin : Bonjour.
Nicolas Sarkozy est Président de la République depuis deux ans. Est-il un bon Président de la République, Dominique de Villepin ?
(... silence...) Ah, vous aimez commencer sur des chapeaux de roue, monsieur Aphatie !
J'ai bien aimé votre silence !
Oui, parce que c'est un tout petit peu plus compliqué que ça ! Je pense que le bilan de Nicolas Sarkozy, après deux ans, est un bilan contrasté, comme tous les bilans, mais somme toute assez classique. Voilà sur le plan international. Des réactions qui ont été souvent positives d'un Président en initiative, on l'a vu sur le G20. On l'a vu en Géorgie. On l'a vu sur l'Union pour la Méditerranée et lors de la Présidence européenne. Donc, un Président capable de prendre des initiatives et capable d'être réactif. Je crois que c'est à mettre au crédit du Président de la République même si en contrepoint, des décisions importantes comme le retour dans le commandement intégré de l'OTAN ne se sont pas accompagnées, à mon sens, d'initiatives en matière d'Europe de la Défense qui auraient pu expliquer, à tout le moins, une telle politique.
De la même façon, je regrette qu'il n'y ait pas de mise à plat de notre politique sur certaines grandes crises comme, par exemple, en Afghanistan. Je crains non seulement l'enlisement, mais je crains tous les jours de nouveaux drames pour nos soldats.
Sur le front intérieur, les choses sont très différentes parce que le Président a choisi une méthode qui est celle de la réforme tous azimuts ; et force est de constater que cette réforme ne donne pas les résultats escomptés, tout simplement parce que les uns et les autres, nous sommes incapables de dire ou même de citer aujourd'hui quelques réformes qui auraient donné des résultats tangibles dans la crise et c'est vrai qu'il y a un avant et un après la crise. Nous sommes donc aujourd'hui toujours orphelins, toujours en attente de ces deux ou trois grandes réformes qui feront ou ne feront pas le quinquennat.
Vous me permettrez de citer deux ou trois points essentiels pour l'avenir de la Nation.
- La réforme du financement de la protection sociale, ça c'est une grande réforme. On a eu quoi ? On a eu la réforme des heures supplémentaires alors même que le Président était pris à contrepied par l'actualité économique et qu'on peut s'interroger sur les résultats d'une telle réforme.
- La réforme de la Recherche et de l'Innovation : c'est toute la modernisation de notre pays qui est en jeu. De la même façon, l'évolution de notre dépense publique, l'évolution de nos déficits publics, voilà encore une préoccupation.
Mais la clef ? La clef, aujourd'hui, c'est quoi du bilan du gouvernement ? C'est l'emploi. Est-ce que les mesures qui ont été prises sont susceptibles de soulager, d'améliorer les choses ? J'ai exprimé mon inquiétude sur les risques qui existent en France. J'estime qu'il y a deux risques majeurs, aujourd'hui. Le premier, c'est le sentiment d'injustice et d'inégalité de traitement. Est-ce que véritablement, les choses vont changer dans ce pays ? Est-ce que les banques qui bénéficient d'une aide massive de la part de l'Etat ont changé leur comportement et est-ce que nous en bénéficions comme consommateurs et comme citoyens ?
Et la deuxième chose ?
Deuxième question : les jeunes. Nous sommes prêts d'avoir 500.000 jeunes au chômage dans notre pays. Ils mettent cinq ans à rentrer sur le marché du travail. J'étais Premier ministre, j'ai trouvé cela inacceptable. C'est pour ça que j'ai fait le CPE. J'en ai tiré les erreurs et reconnu la précipitation dans lequel cela avait été fait. Je ne crois pas que le gouvernement puisse faire l'économie d'un nouveau contrat de travail permettant de réduire ce chômage des jeunes qui est aujourd'hui de plus de 20%.
Vous avez pu exposer, longuement, ce qui vous paraît correspondre au jugement nuancé que vous vouliez dresser de l'action du Président de la République depuis deux ans.
Qui est très proche du jugement que vous portez vous-même sur votre blog, Jean-Michel Aphatie. Je suis heureux de voir après deux ans que vous rejoignez un certain nombre, non pas des critiques...
(rires...) Je vous félicite à propos de la lecture, mais !
... Mais des constats. Non, mais c'est important. Les bons auteurs doivent être vantés.
C'est très gentil ! C'est tout de même vous l'invité.Donc, un Président de la République réactif sur le théâtre extérieur, mais ne comprenant pas la société française : c'est ce que vous voulez dire pour synthétiser votre pensée, Dominique de Villepin ?
Un Président de la République pris à contre-pied. Nicolas Sarkozy est arrivé avec le sentiment que la croissance repartait - et c'est vrai qu'en 2007, quand j'ai transmis le bâton à mon successeur, les choses allaient mieux sur le fond de la croissance : 500.000 chômeurs en moins. Un endettement qui était en voie de baisser puisque nous étions à moins de 40 milliards. Nous sommes aujourd'hui à 100 milliards de déficit public. Les choses allaient mieux. Et à partir de là, on a cru que tout était possible. On a cru qu'on pouvait se lancer dans toutes sortes de réformes. Et dans le fond, eh bien changer de modèle économique et social, se rapprocher du modèle anglo-saxon et puis, patatras, la crise est venue ! Et ce modèle anglo-saxon n'a plus été la référence.
Et aujourd'hui, la grande question qui se pose pour nous, c'est quel est le modèle économique et social que nous voulons mettre en œuvre ? La grande inquiétude des Français, c'est qu'ils ne voient pas à quoi ressemblera la France dans cinq ans et dans dix ans. Et il appartient au Président de la République (je comprends très bien qu'il ne souhaite pas fêter cet anniversaire parce que la vérité, il n'y a pas grand chose à fêter, il faut vérifier l'inquiétude des Français mais surtout y répondre, eh bien c'est : comment faire en sorte que notre pays sorte plus fort.
Les Allemands sont, aujourd'hui, plus touchés que nous : - 6% de Croissance en 2009 ; mais leur réactivité, leur capacité de réponse est plus forte ; et je ne voudrais pas que la France sorte en Europe parmi les derniers. Je ne voudrais pas que nous sortions en situation plus difficile par rapport à nos compétiteurs.
Vous estimiez, Dominique de Villepin, le 19 avril, qu'il existe "un risque révolutionnaire en France". Réponse de François Fillon, hier soir, au siège de l'UMP : "Les syndicats sont, parfois, plus responsables que certains de ces hommes politiques qui parlent de notre pays comme s'il était en situation pré-révolutionnaire". Voilà, c'est vous. Vous n'êtes pas responsable, Dominique de Villepin ?
Oui, bien sûr. C'est étrangement convenu. Et c'est surtout une ignorance de l'Histoire de France qui est tout à fait remarquable. Nous sommes un pays qui est marqué par des fragilités, par une difficulté à réaliser des consensus. Ce pays, il demande très en amont d'être entendu si l'on veut éviter que se répète un certain nombre...
On a l'impression que vous souhaitez la révolution, Dominique de Villepin !
Mais vous savez, c'est ce qu'on répond à quelqu'un quand on est embarrassé par ce qu'il énonce. Je pense, au contraire, qu'il faut conjurer ce risque ; c'est pour cela qu'il faut le traiter. Quand un médecin vous dit, monsieur Aphatie : "Ecoutez, votre taux de cholestérol ou la situation de votre foie n'est pas saine", il met le doigt là où ça fait mal. Ca ne veut pas dire qu'il vous souhaite le pire ! Ca veut tout simplement dire qu'il faut avancer dans la vie les yeux ouverts et quand on dirige un pays, on ne peut pas écarter les risques. On ne peut pas ne pas porter sur soi l'inquiétude qui est le propre d'un pays.
Aujourd'hui, ce qui est fascinant c'est qu'il y a un décalage extrêmement fort entre l'inquiétude qui s'exprime partout dans notre pays et cette sérénité qui relève davantage de la bulle ou de la méthode Coué qui s'exprime en haut lieu. Je ne demande pas que nos dirigeants soient dans un affolement qui ne sied pas l'exercice du pouvoir, je demande simplement qu'ils sortent un peu plus, qu'ils se mêlent un peu plus aux Français pour découvrir à quel point on s'interroge sur l'avenir de notre pays et sur les réponses qu'il faut apporter à la crise.
D'un mot, Dominique de Villepin, vous êtes un opposant aujourd'hui ?
Ah je suis un opposant résolu à la fatalité, un opposant résolu à tout ce qui est le jeu politicien et tout à fait déterminé à dire les choses avec la conviction qui est la mienne.
Et vous l'avez fait, ce matin, c'était sur RTL. Dominique de Villepin en était l'invité. Bonne journée.
Auteur : Jean-Michel Aphatie (RTL.fr)
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05.05.2009
Sarkozy Président : deux ans déjà, deux ans seulement !
Nicolas Sarkozy demande à être jugé au terme de son mandat. Soit. Mais il dirige aujourd'hui, dans la crise, un pays qu'il a profondément et peut-être irrémédiablement déçu.
On pouvait trouver à l'homme un côté rafraîchissant. Sa façon de bousculer tout le monde, à commencer par son propre parti, n'était pas antipathique. Avoir embarqué les électeurs du Front national était une prouesse ambiguë, mais personne ne se plaignait de pouvoir oublier un peu Le Pen et sa bande. Contrôlant la droite et marginalisant l'extrême droite, face à une gauche qui doutait d'elle-même, Sarkozy pouvait profiter d'une conjoncture favorable à l'ouverture de quelques chantiers partant de diagnostics partagés, à défauts d'accord sur les solutions.
Quelles réformes ?
Il a raté ça. Tant d'arrivisme pour si peu d'arrivage ! Un appétit de pouvoir insatiable, mais pour quel résultat ? Certes, la crise est venue contrecarrer ses projets. Mais le soupçon que sa politique de réformes relève largement de l'esbroufe ne manque pas d'arguments. Pierre Cahuc et André Zylberberg ont analysé sévèrement les effets d'une stratégie qui obligeait à pouvoir exhiber à tout prix ce que Dominique de Villepin a appelé un « tableau de chasse ». A tout prix, c'est-à-dire parfois au plus coûteux pour les finances publiques ou pour l'économie.
Après l'immobilisme du second mandat de Jacques Chirac, il existait pourtant une fenêtre d'opportunité pour régler des problèmes identifiés depuis des années. A la fin d'une campagne présidentielle vigoureuse, quelques idées finissent toujours par se retrouver sur tous les programmes ou presque. Cette fois, il y avait convergence sur la modernisation des institutions et sur celle du code du travail (Ségolène Royal avait parlé du « besoin d'agilité » des entreprises), sur l'assouplissement des 35 heures, sur la remise en question de la carte scolaire.
Sur d'autres sujets, il n'y avait pas de consensus, mais le vainqueur de l'élection avait accumulé un gros capital politique, comme disent les Américains. Cela lui permettait de faire passer des réformes controversées. Il y est parvenu, d'ailleurs, pour les universités, dont la loi d'autonomie n'a provoqué qu'une contestation assez limitée au départ, en 2007, grâce à quelques concessions comme l'absence de sélection à l'entrée en master. Presque deux ans après, quel désastre !
Le paquet fiscal de la loi Tepa (travail, emploi, pouvoir d'achat), de même que les peines plancher et les nouvelles restrictions au regroupement familial, peuvent être considérés comme des engagements honorés vis-à-vis de ses électeurs. Dès lors que la droite a gagné, on ne peut pas lui reprocher de faire une politique de droite (ce qui n'empêche pas de la critiquer et de la combattre). « Techniquement », le vainqueur a estimé qu'il devait satisfaire les attentes des gens qui avaient voté pour lui, surtout s'il voulait pouvoir les contrarier ensuite sur d'autres sujets. C'est « techniquement » recevable -sauf à rejeter la démocratie qui, comme chacun sait, est le plus mauvais, etc.
Défendre le pouvoir qu'il a lui-même affaibli
Mais Sarkozy s'est enfermé dans la défense du pouvoir qu'il avait conquis. Pourquoi ? Parce qu'il a lui-même porté atteinte à son propre pouvoir en le confisquant, en en faisant un usage privatif, en donnant le sentiment de s'en servir à des fins personnelles. Bref, au lieu de s'effacer devant la fonction, il l'a effacée derrière lui. Du coup, il a abordé en position de faiblesse des questions comme la fin des régimes spéciaux de retraite, la réforme du contrat de travail, la libéralisation des professions protégées ou celle du commerce de détail.
Il a perdu très vite son ascendant sur les parlementaires UMP. La démonstration la plus cruelle de cette affaiblissement a été la campagne des élections municipales et cantonales de mars 2008, au cours de laquelle les élus UMP en difficulté se démenaient pour se dissocier de lui. En juillet, le vote de la révision constitutionnelle avec une seule voix de plus que la majorité requise au Congrès, alors que la droite domine largement l'Assemblée nationale et le Sénat, a donné une autre mesure de l'évaporation de l'autorité présidentielle.
Au demeurant, cette révision, principale transformation qui puisse être citée à l'actif de la « rupture », a été elle-même privée d'une disposition essentielle. Sans interdiction du cumul des mandats, la vie publique continuera à souffrir de l'insuffisance du contre-pouvoir parlementaire face à l'exécutif. Comme les autres corporations, les élus sont d'accord pour tout réformer sauf eux-mêmes.
Alors que les deux tiers des Français se déclarent déçus par son action, Nicolas Sarkozy doit se réinventer, non plus en « grand réformateur », mais en défenseur honnête et habile des intérêts des Français dans la crise. Y arrivera-t-il ou pas, les paris sont ouverts. Mais il restera dans les esprits qu'au moment où le pays avait besoin d'un pouvoir cohérent et déterminé pour affronter, d'un côté, le programme de changement approuvé par la majorité des électeurs et, d'un autre côté, un système économique chancelant sur ses bases, il s'est retrouvé avec un président déboussolé, capricieux, autocratique et inquiétant.
(Rue 89.com) Patrick Jarreau
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