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31.07.2008

Immarigeon: "La stratégie française de défense c'est le degré zéro de la pensée stratégique"

Dans une revue du Comité d'études de Défense nationale, l'avocat et essayiste Jean-Philippe Immarigeon critique violemment la stratégie française de défense. Il y compare notamment l'envoi de soldats français en Afghanistan au parachutage des troupes sur Dien Bien Phu.

Il est rare que les questions de défense défrayent la chronique. Après Surcouf, du nom de ce groupe d'officiers supérieurs et généraux anonymes, qui critiqua vertement, dans les colonnes du Figaro, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, l'avocat et essayiste Jean-Philippe Immarigeon publie un brûlot contre la politique de défense française, dans une tribune de la revue Défense nationale et sécurité collective(août/septembre 2008), éditée par le très officiel Comité d'études de Défense nationale, sis à l'Ecole militaire, à Paris.

Dans son libellé, intitulé "Le degré zéro de la pensée stratégique", l'auteur d'American Parano, qui vécut aux Etats-Unis, fustige l'alignement de la France sur la politique américaine, qui s'est concrétisé par l'envoi de 700 soldats français en Afghanistan. Un renfort que l'auteur n'hésite pas à comparer au parachutage des troupes sur Dien Bien Phu! "L'Amérique est engagée dans une guerre eschatologique, tonne Immarigeon. La guerre en Afghanistan durera jusqu'à épuisement d'un des adversaires. Avec cette nouveauté par rapport au conflit indochinois et au discours de Phnom Penh de 1966, qu'il n'est plus inconcevable que, cette fois-ci, la puissance militaire américaine mette le genou à terre la première. Et nous avec."

L'avocat s'en prend également à la commission du Livre blanc, qui a érigé la fonction de "connaissance et d'anticipation" - dont le renseignement spatial - au rang de nouvelle priorité. "A refaire!", note-t-il, alors que la technologie occidentale se montre inefficace pour gagner la guerre face à des insurgés, certes pauvres, mais résolus: "Pendant que les rédacteurs du Livre blanc peaufinaient leurs considérants sur la cyberguerre, une poignée de taliban montés sur des motocyclettes délivraient à Kandahar un millier des leurs, au nez et à la barbe des 60 000 [70 000 en réalité, ndlr] soldats de l'Otan."

Enfin, l'auteur s'interroge sur le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l'Alliance atlantique. "Se réfugier derrière les concepts surannés et la modélisation figée d'une pensée stratégique américaine poussiéreuse est se fermer l'avenir", conclut-il. Ce texte a été relu par plusieurs officiers généraux.

L'express.fr

28.07.2008

Clan Sarkozy : la manipulation médiatique d’une oligarchie financière

Clan, définition (dictionnaire Robert) : Petit groupe fermé de personnes qui ont des idées, des goûts communs

Le club Neuilly communication fondé par Sarkozy en 85 déjà (description officielle sur le site de la commune de Neuilly-sur-Seine) :

"Neuilly Communication

Catégorie : Professionnelles (associations)Favoriser les rencontres entre les Présidents du monde de la communication et des médias. Mettre en commun les moyens de développer des relations dans cet univers de la communication " (dixit)

- Ce club paraît plus ou moins répondre aux critères de définition d’un clan, mais qu’en est-il de l’évolution actuelle de l’entourage de Sarkozy ?

Dassault : Figaro + 7o titres

Bouygues, TF1, LCI + participations significatives à plusieurs autres

Arnault : Tribune jusqu’en nov. 07, puis Les Echos

Lagardère : 54 titres en France, dont Paris Match, Elle, Le journal du dimanche,... + TV et radios, dont Europe 1. Participation importante dans le Monde (grâce à Alain Minc) Détient désormais le 51% d’un excellent média, naguère indépendant : le Monde diplomatique

Bolloré : Direct 8, Direct soir, matin plus, CSA, Droits sur la diffusion française (et le filtrage ?) des dépêches d’Associated Press, la plus grande agence mondiale de communiqués de presse

Albert Frère : Très impliqué dans M6 pour avoir été actionnaire majoritaire de Bertelsmann et encore président du conseil de surveillance de M6

Pinault : Le Point.fr

De Rothschild : Libération

Relations privilégiées (invités au Fouquet’s pour fêter la victoire du 6 mai 07) avec des PDG ou rédacteurs en chefs de médias importants : Nicolas Beytout (direction du Figaro), Alain Minc (direction de Le Monde)

Pierre Giacometti, directeur d’ipsos (institut de sondage - invité au Fouquet’s pour fêter la victoire)

Nicolas Bazire, financier et politique. Conseiller et ami de Sarkozy (il n’est pas clair si la "financière Bazire" qui détient une part minoritaire du capital de marianne2 est son fait ou celui d’une société homonyme ?)

Il y a trois points qui ressortent :

1) Ce sont des dirigeants

2) Beaucoup sont des capitalistes financiers immensément riches : Arnault 18,3 milliards (2e fortune de France en 2008) Pinault 7,4 milliards (7e fortune de France en 2008), Dassault 6 milliards (8e fortune de France) Desmarais 3,8 milliards en 2006, Albert Frère 3 milliards, Bolloré 3 milliards (16e fortune de France en 2008), Bouygues 2,9 milliards (18e fortune de France en 2008), Lagardère 600 millions (65e fortune de France en 2008)

3) La plupart sont impliqués dans les médias, la communication

Liens de proximité avec Sarkozy, voir :

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2222/dossier/a... et :

http://www.marianne2.fr/Exclusif-les-invites-du-President... et :

http://www.lepoint.fr/actualites-economie/sarkozy-et-les-...

Il y a donc bel et bien un goût commun pour le capitalisme financier, la richesse extrême et le contrôle médiatique (actionnaires-propriétaires, directions)

Un autre indice que ce groupe fonctionne comme un clan, sont les transferts internes au groupe :

- Nicolas Beytout : Après la campagne présidentielle, a passé de la direction du Figaro (propriétaire Dassault) au groupe LVMH d’Arnault comme directeurdu pôle média (et donc, des Echos ?)

- Nicolas Bazire : associé-gérant à la banque Rothschild, devient directeur général du groupe Arnault. Aurait également occupé la fonction de directeur du pôle presse de LVMH à l’époque de La Tribune

- Tout récemment, Sarkozy aurait exigé de Pinault (Le Point) que l’un de ses rédacteurs, FOG, soit démis au profit d’Elkabbach (Europe 1, fait parti du groupe Lagardère) (Canard enchaîné, article de la rédaction de le Post)

En résumé : on a donc bien affaire à un groupe fermé (haute finance, dirigeants et actionnaires majoritaires de médias français, avec un intérêt particulier pour les médias et des liens forts de proximité avec Sarkozy. On peut désormais très probablement y ajouter l’allégeance à Sarkozy en ce qui concerne la contenu médiatique (ce qui me fait écrire ça est l’éviction de Gérald de Roquemaurel, membre fondateur de Neuilly Communication, très probablement à la suite de l’affaire Paris-Match-photos de Cecilia avec Attias, voir une analyse approfondie : http://desourcesure.com/politiqueaffaires/2008/06/comment... et http://www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-34023.html )

Interventions très probables de Sarkozy dans les médias aux mains de son entourage

- affaire des photos de Cécilia Sarkozy et de Paris-Match. Voir : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/i-paris-match-...

FOG (Le Point). Voir article de la rédaction du Post : http://www.lepost.fr/article/2008/07/18/1226727_franz-oli... il y en a bien d’autres, ainsi. Il est possible que ce ne soit que la partie visible de l’Iceberg. Voir : http://presse-papiers.blogspot.com/2007/06/mdia-ferme-ta-... et http://www.lexpress.fr/actualite/politique/sarkozy-tient-... et http://www.dicodunet.com/actualites/moteurs-de-recherche/...

Il est évident pour tout observateur que la plupart des médias aux mains des ceux qui forment ce clan (le mot paraît approprié par rapport à la définition) oeuvrent largement pour Sarkozy. ce qui ne serait pas nuisible s’ils ne faisaient qu’en améliorer la communication. Mais on assiste à des stratégies d’étouffement de l’opposition (temps de parole ou articles accordés) et beaucoup plus grave : des campagnes de dénigrement, de discrédit et même de lynchage médiatique (c’est net à l’encontre de Ségolène Royal) http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=18933 et http://www.lejdd.fr/cmc/blogs/200827/le-lynchage-mediatiq... et http://frbaumal.unblog.fr/4-suite-le-lynchage-mediatique-... et http://www.lepost.fr/article/2008/07/23/1228896_parti-soc... et [http://www.capital.fr/actualite/Default.asp ?source=RE&numero=305818&Cat=GEN&numpage=1- >http://www.capital.fr/actualite/Default.asp ?source=RE&numero=305818&Cat=GEN&numpage=1]

Combattre cela, doit être le combat de tous !

C’est ni plus ni moins que le combat pour la liberté. Cette forme sournoise de prise de pouvoir par une oligarchie financière est parfaitement inacceptable. C’est un sabotage de la démocratie.

Auteur : Enterprise via Betablog

PS : 1° commentaire :

"la France est bel et bien devenue ce qu’il convient d’appeler une démocratie totalitaire, c’est à dire un pays où l’on peut encore voter, mais où n’existe plus aucune liberté"

Claude Reichman

25.07.2008

A propos de la révision constitutionnelle par François Goulard

Le vote par le Congrès, ce 21 juillet, du projet de révision constitutionnelle, ne restera pas comme un épisode très glorieux de notre histoire politique. Cette majorité qualifiée à une voix, obtenue à force de promesses et de menaces, au prix de reniements et de revirements n'est pas de celles qui confèrent à un texte une forte légitimité.

 

La droite et la gauche ont rivalisé en médiocrité, les arguments, lourds et usés, de la solidarité avec son camp ayant fait office de bonnes raisons de voter pour ou contre.

A vrai dire, la préparation et le déroulement du scrutin furent à l'image de la réforme elle-même : sans hauteur et sans valeur. Ce texte est un assemblage de dispositions hétéroclites, quelques unes baroques, quelques unes positives, quelques unes grotesques, sans aucune vision ni ligne directrice. Intellectuellement, il est du niveau d'un catalogue électoral, non d'une révision constitutionnelle digne de ce nom. Ceci n'a rien d'étonnant ; nous savons quelles étaient les intentions du Président de la République : modifier notre constitution pour reléguer le Premier ministre à une place parfaitement subalterne, et conférer, non seulement une prééminence, mais le monopole de l'exercice du pouvoir au chef de l'Etat. Il souhaitait tout bonnement mettre les textes en accord avec sa pratique institutionnelle. Il a renoncé à la modification de la constitution sur ce point fondamental, pour la simple raison qu'il n'avait strictement aucune chance de réunir une majorité pour la voter.

Mais son projet initial était assorti de dispositions diverses, allant plutôt, en apparence, dans le sens d'un renforcement de certaines prérogatives parlementaires et des droits des citoyens. Comme le Président ne pouvait abandonner le projet d'une révision même si l'essentiel était oublié, nous eûmes à nous prononcer sur les dispositions résiduelles. Celles-ci n'obéissent à aucune logique particulière, puisque leur vocation initiale était de servir d'accompagnement à un corps de texte désormais oublié. L'incohérence n'est d'ailleurs pas loin : certaines dispositions n'avaient de sens que dans la perspective d'une modification des pouvoirs respectifs du Président et du Premier ministre : ainsi la venue du Président devant le congrès pouvait se comprendre – non être approuvée – dans l'hypothèse d'un effacement constitutionnel du Premier ministre. Dans la version résiduelle, c'est une disposition dépourvue de toute signification, puisque le responsable de la politique gouvernementale devant le Parlement reste, au regard de notre constitution, le Premier ministre.

Si l'on avait d'ailleurs voulu, nonobstant toute autre considération, accroître les pouvoirs du Parlement, si l'intention avait été sincère, comment ne pas s'étonner des conditions dans lesquelles ce texte a été préparé. Car il est très remarquable que les parlementaires ont été écartés des travaux préparatoires de la réforme. En découle le caractère hétéroclite, partiel et limité de ce qui, prétendument, doit renforcer le rôle du Parlement.

Prenons l'exemple de l'ordre du jour : il est sans doute positif que les assemblées parlementaires retrouvent une liberté dans la détermination de leur ordre du jour. Mais prise isolément, cette disposition sera de peu d'effet, en raison de l'incapacité des parlementaires à alimenter l'ordre du jour de leurs propres travaux. Le Parlement n'a pas les moyens de produire des propositions de lois susceptibles d'occuper la moitié de son temps d'examen des textes, loin s'en faut !

Les vraies limites du pouvoir parlementaire ne sont ni dans la détermination de l'ordre du jour, ni dans l'usage du 49.3 ! Elles sont dans la disponibilité des parlementaires, leur nombre, leurs moyens. La disponibilité des parlementaires pose le problème du cumul : un parlement aux pouvoirs accrus exigerait des parlementaires à temps plein ce qui conduirait à une interdiction totale du cumul des mandats. Le nombre des députés, sujet rarement évoqué, est également un mal français. Nous avons en proportion de notre population un nombre élevé de députés. Cet effectif pléthorique empêche que chacun d'entre eux se voie confier une réelle responsabilité. Or il n'y a de parlement fort qu'à la condition que les parlementaires soient collectivement certes mais aussi individuellement responsabilisés. Dans la configuration actuelle, beaucoup de parlementaires de la majorité ne sont pas une seule fois rapporteur d'un texte durant une législature ! La question des moyens est d'ailleurs liée. Une augmentation des moyens en personnels compétents est nécessaire à l'exercice réel du pouvoir parlementaire. Le parlementaire français est un des moins bien pourvu des grandes démocraties. Mais il est inconcevable de doter 577 députés du nombre de collaborateurs requis par l'exercice de leurs missions.

Au-delà de ces sujets sérieux, importants mais contingents dont peut dépendre le renforcement du rôle du Parlement, il y a un autre aspect qui me paraît plus fondamental. C'est celui de la corrélation indissociable du pouvoir du Parlement et du pouvoir du gouvernement. Dans la constitution de la Vème République, le pouvoir parlementaire repose sur deux piliers : le vote de la loi mais aussi la responsabilité du gouvernement devant le Parlement. Sans majorité parlementaire, il n'y a pas de gouvernement. Mais sans gouvernement pleinement responsable, le pouvoir parlementaire est fondamentalement amoindri. Or, chacun le sait, dans la pratique institutionnelle du Président de la République, le pouvoir est désormais concentré à l'Elysée, où beaucoup de décisions se prennent, qui étaient auparavant du domaine du Premier ministre ou des ministres. Mais ni le Président de la République ni ses collaborateurs ne sont responsables devant l'Assemblée nationale.

Du coup, pour une bonne part, un des pouvoirs fondamentaux du Parlement se trouve vidé de sa substance. C'est pourquoi je ne crois vraiment pas que l'on puisse parler à l'occasion de la révision constitutionnelle, d'un Parlement au pouvoir renforcé.

La mécanique institutionnelle obéit à des principes profonds. Elle réagit mal à des mesures de surface. Elle exige de la cohérence : on ne peut prétendre renforcer le Parlement au moment où on abaisse le gouvernement. Nos institutions ont leur logique ; elles avaient trouvé leur équilibre, que les diverses révisions n'avaient pas fondamentalement affecté, depuis la réforme de 1962 instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel. Notre régime, tel que l'organise notre constitution, est resté un régime parlementaire. La pratique du Président de la République l'en éloigne. Pour autant nous ne nous rapprochons en rien d'un régime présidentiel, caractérisé par un équilibre des pouvoirs inconnu en France. La révision adoptée le 21 juillet par le Congrès ne peut se réclamer d'aucune cohérence avec des principes constitutionnels reconnus. C'est un mauvais texte, et il est totalement déplacé de parler à son propos de modernisation des institutions.

François Goulard http://www.fgoulard.fr/

23.07.2008

Gueule de bois après l'adoption de la Constitution

Le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon adopté à une voix de majorité avait fait sortir la République de l'ambiguïté.
Le 21 juillet 2008, à une voix de majorité, Nicolas Sarkozy a fait entrer la France dans l'ambiguïté.
Le député Henri Wallon, catholique et conservateur, n'avait certes pas de sympathie particulière pour le régime républicain, mais il appartenait à cette génération de bourgeois, formés aux humanités classiques, qui ne se payaient pas de mots et ignoraient la «novlangue». Il lui fallait appeler un chat un chat. Puisque la France n'était ni en monarchie, ni en régime impérial, c‘est qu'elle était en république : voilà l'évidence qu'il fit reconnaître à une Assemblée réactionnaire qui n'en avait pas trop envie.

Amertume à gauche et chez les gaullistes

La réforme constitutionnelle de grande ampleur qu'a si laborieusement et en ne ménageant aucun moyen pour convaincre les récalcitrants (audiences, menaces, promesses, sondages bidon), fait adopter Nicolas Sarkozy en ce lundi de juillet où la France court après Bison futé, laisse un grand malaise.
La gauche qui escomptait une victoire politique et les gaullistes comme Nicolas Dupont-Aignan qui, voyaient dans cette réforme, un coup décisif porté l'héritage du général de Gaulle, sont amers d'être passés si près du succès. Le président, lui, aura senti le vent du boulet et vu les limites de ses manœuvres.
Au parti socialiste tous ceux qui rêvaient d'une VIe république peuvent se dire qu'ils s'en rapprochent même si la discipline de parti leur dictait de voter non. A l'UMP, la centaine de députés qui voyait clairement les dangers de la réforme mais ne voulait pas courir le risque de se mettre à dos le président, aurait sans doute préféré qu'elle ne passât pas.

La Constitution, une montre molle à la Dali

Les rancoeurs vont rester : du parti socialiste à l'égard de Jack Lang et Jean-Michel Baylet – qui n'a rien d'autre désormais à faire que de basculer à droite - , des sarkozystes à l'égard de ceux qui ont voté non , et parmi ceux-ci, de ceux qui n'ont pas calé à l'égard de ceux qui se sont laissé circonvenir.
L'ambiguïté est aussi du côté des nouvelles institutions. La Ve République était une belle mécanique, comparable à ces montres suisses qu'affectionne, paraît-il, le président. Elle est désormais une montre molle à la Salvador Dali.
Le président, tout en se voyant conférer le pouvoir de s'adresser au Parlement à l'instar du grand frère Bush, ce qui semble le renforcer, a organisé la confusion de pouvoirs. S'il y garde sa position d'arbitre – à condition d'avoir une majorité - il perd, en affaiblissant le gouvernement, une partie de ses moyens d'action. Lui qui se plaignait que la France ne veuille pas bouger assez vite, n'a à présent pas fini de ramer.

Coïtus interruptus
L'Assemblée se voit doter de nouveaux pouvoirs, mais qu'en fera-t-elle, elle qui utilise si peu ceux qu'elle avait déjà ?
Ce n'est plus tout à fait la Ve République, ce n'est pas vraiment le retour à la IVe. On s'est rapproché de la Constitution américaine mais sans aller jusqu'au bout de la démarche, ce qui eut supposé de supprimer le premier ministre. Coïtus interruptus.
D'une façon générale, tout va devenir plus compliqué : le vote des lois, les nominations, les procédures judicaires. Moderniser, c'est ça.
Après ce vote, la France a la gueule de bois.
Il est probable qu' elle entre dans une période de grand malaise, celui de la horde primitive désemparée, que décrit Freud (1), où les frères viennent de tuer le Père ( le général ! bien sûr ), pire, ne l'ont fait qu'à moitié.
Il est probable aussi que Nicolas Sarkozy a perdu dans l'affaire ses dernières chances de réélection. Le quinquennat ne lui en laissait déjà pas beaucoup, interdisant au président de se refaire une virginité par la cohabitation. Non seulement la réforme votée grille définitivement le premier ministre, nécessaire paratonnerre par temps d'orage, mais encore le président qui voulait tant bouger la France sans rien respecter, même pas la Constitution , s'est ce faisant coupé les mains, comme un gosse qui vient de casser son jouet.
Roland Hureaux (Marianne2.fr)

Constitution : Dupont-Aignan dénonce les pressions

Le député ex-UMP n'y va pas par quatre chemins : pour lui, la Constitution n'a pu être adoptée que grâce aux pressions exercées par l'Élysée sur les députés. Un reproche qui rejoint certaines des critiques que l'on peut entendre dans la majorité et même à l'Élysée. La victoire de Nicolas Sarkozy a un goût plutôt amer dans son propre camp, qui n'est absolument pas uni sur ce sujet. A l'Élysée comme à l'UMP, le projet présidentiel est très loin de faire l'unanimité, même si le vote du Congrès ne le reflète pas. Concocté par la conseillère Emmanuelle Mignon, le texte est notamment critiqué pour son juridisme. Le défenseur des droits des citoyens - le poste promis à Jack Lang - ainsi que d'autres dispositions - le recours en constitutionnalité, le droit à l'enseignement des langues régionales, la règle d'or sur le budget - sont susceptibles d'être interprétées à maxima par les juridictions concernées. L'esprit de la Constitution - et c'est en cela qu'elle plaît aux «Modernes» - se situe dans une logique de protection des citoyens face à l'État, dans la plus pure tradition anglo-saxonne.
Autre critique entendue et répétée, celle concernant les méthodes ayant permis l'adoption du projet. On parle de députés ayant monnayé leur vote par une tête de liste aux élections régionales, ou bien encore le maintien de leur caserne. Le Président a, semble-t-il, confirmé ses dispositions à jouer sur plusieurs registres : celui des promesses bien entendu, mais aussi celui de l'affectif («Tu ne peux pas me faire ça»). Sans parler du registre qu'utilise depuis longtemps le Président, celui des menaces. Nicolas Dupont-Aignan l'a dénoncé haut et fort ce matin sur France 2 (écouter la vidéo à partir de 2 minutes pour le passage concernant les menaces contre un élu UMP) :

Marianne2.fr

22.07.2008

Betancourt doit rencontrer Dominique de Villepin aux Seychelles

Ingrid Betancourt est depuis lundi 21 juillet en vacances aux Seychelles avec ses enfants, Mélanie et Lorenzo. L’ancienne otage des FARC séjournera dans l’archipel de l’océan indien près d’un mois, jusqu’au 17 août. Elle doit y rencontrer Dominique de Villepin, la semaine prochaine, qui vient se reposer lui aussi en famille.
Ingrid Betancourt a un rapport très particulier au Seychelles. Elle y a vécu près de trois années, entre 1985 et 1988, époque où Fabrice Delloye était conseiller économique de l’ambassade de France à Mahé, la capitale du pays. Elle y a donné naissance à sa fille, Mélanie, en septembre 1985. Ingrid Betancourt a gardé de nombreux amis dans cette région, en particulier la famille de l’ancien ministre Jacques Hodoul. L’ancienne candidate à la présidence de la République colombienne a en effet donné le lait, en même temps que Mélanie, au fils de celui qui fut longtemps le chef de l’opposition seychelloise. "Ici, elle a laissé un souvenir exceptionnel, rapporte un proche du chef de l’Etat, James Mitchel. Le fait qu’elle ait nourri au sein un enfant du pays en fait une citoyenne seychelloise."
Cette longue parenthèse, dans le paradis de l’océan indien, est le signe de la grande fatigue physique et nerveuse dans laquelle se trouve Ingrid Betancourt. "Ceux qui la voyaient repartir sur les chapeaux de roue, après l’avoir vue à la télévision, se trompaient, poursuit un de ses proches. Elle a besoin d’un long repos et surtout de calme avec ses deux enfants. Après la tornade médiatique des premiers jours, c’est maintenant qu’elle va vraiment les retrouver. Dans le calme. Dans le pays où Mélanie est née. Ce sont des retrouvailles à la source…"
S. R.
Nouvelobs.com

Réforme des institutions : tout le monde a perdu !

Roger Karoutchi, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, faisait-il « du cinéma », comme le clamait la gauche, en arpentant les couloirs du château de Versailles avec son air inquiet avant le vote du Congrès ? Peut-être… mais à l'annonce des résultats, les chantres de la réforme des institutions avaient du mal à plastronner. L'ambiance électrique de l'après-midi retombe d'un coup sec à l'annonce des résultats. Les deux tiers du Congrès ont été réunis de justesse... à deux voix près : 539. Il en fallait 538.

Côté UMP, certains ont résisté jusqu'au bout, malgré les fameuses « pressions » de l'Elysée. Les « trois connards qui existent seulement dans la salle des Quatre colonnes » de l'Assemblée nationale que conspuait Patrick Balkany il y a quelques mois ont tenu bon. Ils sont un peu plus de trois et ont bien failli saborder le scrutin : Henri Cuq, Guy Geoffroy, Jean-Pierre Grand, Jacques Le Guen et le désormais célèbre député du Morbihan François Goulard ont bravé les consignes élyséennes en votant contre la réforme. Mais celui qui arborait un sourire ravi à la sortie de la séance, c'est George Tron. Avec Hervé Mariton, il faisait partie des UMP critiques qui s'opposaient au texte depuis le début. La semaine dernière, il a accepté de se ranger à la « discipline de vote ». « Même si je suis opposé au texte, je suis heureux d'avoir évité une crise politique à mon camp », se félicitait-il en sortant. Avant d'ajouter : « cette fois ci…. » Comprendre : la prochaine fois, si son vote est encore requis, il faudra savoir le courtiser avec conviction. Sans Jack Lang et lui... la réforme ne passait pas !

Blues à droite, blues à gauche
Ambiance plutôt morose, donc, à droite… mais guère meilleure à gauche. Arnaud Montebourg s'alarme à la sortie de la « dérive monocratique » qui découlera de cette réforme. Pour le PS, c'est tout de même une défaite. « On a fait le plein », tentent de se réjouir certains. Mais il y a quelques semaines, François Hollande assurait que les deux tiers du Congrès étaient impossible à réunir sans les voix de son parti. Même sans le facteur Jack Lang, l'équation se révèle aujourd'hui fausse. Plus grave, la réforme passe notamment avec les voix de certains membres du PRG (Parti radical de gauche). « On reverra nos accords d'ici la fin de l'année », promet Bruno Leroux. La « trahison » de Jean-Michel Baylet, le président du PRG, sera sanctionnée par le PS. Mais Jean-Michel Baylet pourrait, du même coup, officialiser le rapprochement qu'il opère entre sa formation et le Parti radical valoisien d'André Rossignot et Jean-Louis Borloo.

Le parti orange fait grise mine
Le centre gauche basculera-t-il à droite ? Côté Bayrou, on se compte sur les doigts d'une seule main : seuls deux sénateurs centristes ont voté contre la réforme, quatre se sont abstenus et deux députés Modem s'y sont opposés… dont François Bayrou lui-même. Jean-Christophe Lagarde, le député-maire de Seine-Saint-Denis passé au Nouveau centre, est ravi : « Cette fois-ci, il ne reste plus à Bayrou que le dernier carré de Waterloo. » Il promet pour bientôt la reconstruction d'une vraie formation centriste, avant d'aller serrer la main d'Emmanuelle Mignon, la conseillère élyséenne. L'OPA sur l'ex-UDF continue. Même s'il ne reste plus beaucoup d'élus sur qui exercer les fameuses pressions qui ont fait basculer, de justesse, le vote du Congrès ce lundi.
Anna Borrel (Marianne2.Fr)

21.07.2008

Et voilà, le chant des sirènes a eu raison de Tron et Mariton ! Ils sombrent et sans conviction !

Trois jours d’intenses marchandages, de pointages toujours recommencés, de réunions au sommet de l’Etat, de coups de fil nerveux entre l’Elysée et les dirigeants de l’UMP, de menaces aux uns et de recommandations pressantes aux autres. Jamais, sous la Ve République, Congrès n’a suscité une telle débauche d’énergie et de moyens. Jamais son issue n’a été aussi disputée à défaut d’être vraiment incertaine.

Parti jeudi pour Marrakech, Nicolas Sarkozy a suivi au jour le jour l’évolution du rapport de forces entre une gauche intraitable et une droite ultramajoritaire mais pas au point de rassembler à elle seule les 3/5es des suffrages (soit 544 voix sur 906) indispensables pour que la réforme de la Ve République soit adoptée sans suspense cet après-midi. Vendredi soir, après le bras d’honneur du président du MPF, Philippe de Villiers à l’UMP, une «cellule d’observation» - comprendre «de lobbying acharné» - a été mise sur pied. Samedi, c’était réunion de crise à Matignon.

Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, et François Fillon se sont réparti les rôles. Au premier de valider les tractations de coulisses déployées pour «retourner» les centristes, les radicaux et autres fortes têtes de la majorité (sur les investitures et soutiens aux sénatoriales de septembre, les missions et coups de pouce locaux en tout genre…). Au second les trémolos médiatiques pour dramatiser les enjeux et mobiliser son camp. Hier, dans un entretien au Journal du dimanche, le Premier ministre ouvre grand (au passage) le parapluie. En cas de rejet du texte, «les socialistes en porteraient la lourde responsabilité devant les Français». Surtout, l’échec de cette réforme, «totalement commune» à lui et au chef de l’Etat, ne le pousserait pas à la démission : «Je serais désavoué si j’étais désavoué par la majorité, ce qui ne sera pas le cas.» Hier, le président (UMP) de l’Assemblée nationale et du Congrès, Bernard Accoyer, qui, contrairement à l’usage, prendra part au vote à Versailles, a estimé que la réforme a «autant de chances de passer que d’échouer». En aparté pourtant, il concède le poids d’«une plume» en faveur de la première hypothèse. Tour d’horizon des états d’âmes des parlementaires de tous bords.

L’UMP 317 députés, 159 sénateurs

Après deux mois de bourrage de crâne, la quasi-totalité des députés et sénateurs UMP sont rentrés dans le rang. Seule une grosse dizaine d’entre eux, gaullistes pour la plupart, pose de gros soucis à l’Elysée. Mardi et mercredi, Sarkozy a mouillé la chemise et ramené plusieurs de ses ouailles au bercail, dont le député de Paris Bernard Debré, fils du «père» de la Ve, Michel Debré. Samedi, les villepinistes Hervé Mariton (Drôme), dont «la circonscription n’est pas en béton armé et qui ne veut pas compromettre ses chances de rentrer un jour dans un gouvernement», dixit un ténor de l’UMP, et Georges Tron (Essonne), à qui l’on a promis plus de considération, ont suivi. Reste les fortes têtes, convaincues de l’inanité de la réforme : François Goulard (Morbihan), Jacques Le Guen (Finistère), Henri Cuq (Yvelines), Jacques Myard (Yvelines), Christian Vanneste (Nord), Guy Geoffroy (Seine-et-Marne), Gilles Bourdouleix (Maine-et-Loire) et les sénateurs Alain Lambert (Orne) et André Lardeux (Maine-et-Loire). Plusieurs autres, à l’instar du député André Flajolet (Pas-de-Calais) et du sénateur Charles Pasqua (Hauts-de-Seine), devraient s’abstenir. Mais la liste est susceptible d’évoluer jusqu’à la dernière minute.

Entre deux conversations avec Sarkozy, le patron des députés UMP, Jean-François Copé, a, tout le week-end, téléphoné en rafale pour rassurer, amadouer et convaincre ses troupes. A tous, il a fait passer la consigne : revenir à Paris de préférence hier, histoire d’éviter tout problème de transport…

Source : Libération.fr

"C'est perdant - perdant" affirme Jean-Pierre Grand

C'est perdant - perdant » , affirme Jean-Pierre Grand. Voilà qui a le mérite d'être clair ! « Je ne vois pas d'avancée réelle (...) Que le Président vienne parler devant le Congrès, pourquoi pas ? Qu'il ne puisse effectuer que deux mandats, d'accord. Tout le reste est inutile et parfois même dangereux », affirme l'élu héraultais. On le voit, le villepiniste Grand n'est pas tendre avec le « grand oeuvre » de Sarkozy. « La V e République a fait ses preuves », estime-t-il, jugeant que sous prétexte de modernité, « on revient à des principes de la III e et de la IV e qui ont fait beaucoup de dégâts ». Car, souligne-t-il, « le Parlement dispose déjà d'assez de pouvoirs. Il suffirait que le gouvernement laisse une réelle liberté d'expression à sa majorité pour que ce pouvoir s'exerce vraiment ».
L'élu est affligé par le spectacle de ces parlementaires opposés ou critiques envers le texte mais qui voteront pour : « C'est vrai qu'il y a un découpage électoral à l'horizon... Quant à moi, je ne transigerai pas avec mes convictions. »

Midi-Libre.com

18.07.2008

À l'UMP, les «irréductibles» déterminés à voter non ! Surtout, qu'ils tiennent bon face aux chants des sirènes !

Ce sont les «fortes têtes» de la majorité. Selon les décomptes de l'Élysée, ces parlementaires décidés à voter contre la réforme des institutions seraient entre huit et onze. Une petite dizaine d'«irréductibles», selon le mot du président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, qui reste pour l'instant imperméable aux pressions maximales exercées par le président de la République et le premier ministre, depuis plusieurs semaines. Ces élus vivent au rythme des «pressions amicales» de leurs amis. Et certains d'évoquer des «menaces» de redécoupages de leurs circonscriptions. Le secrétaire d'État Alain Marleix, en charge du redécoupage, aurait reçu mercredi un groupe de députés.

Il faut dire que, depuis trois jours, cette liste des «fortes têtes» est carrément devenue le cauchemar de l'Élysée où l'on compte et recompte les voix. Le risque d'un échec est franchement envisagé.

Nicolas Sarkozy a bien tenté de prendre les choses en main personnellement mais cela n'a pas été, jusqu'à présent, un franc succès. Certes, il a reçu et «retourné» Bernard Debré, le fils de Michel, père la Constitution, et chef de file des contestataires. Avant de convaincre le député de Paris, Nicolas Sarkozy avait aussi rallié Jean-Paul Anciaux, à l'occasion d'un voyage en Saône-et-Loire.

«Ce texte est inutile»

 

Mais les autres opposants UMP semblent camper sur leurs positions. Parmi les quatre députés reçus jeudi, au moins deux ont choisi de maintenir leur vote contre. «Votre devoir est de voter avec votre camp, pas avec vos ennemis», leur a pourtant intimé Nicolas Sarkozy. En vain. «On a dialogué, raconte Guy Geoffroy, député de Seine-et-Marne, mais je lui ai expliqué que je n'ai pas changé d'opinion. Je voterai contre ce texte.» Son collègue André Flajolet, lui, hésite. Quant au député du Val-d'Oise Jean Bardet, il a été plus sensible aux arguments du président et devrait voter pour la réforme.

Christian Vanneste (Nord) confie qu'il reçoit «beaucoup de coups de téléphone». Mais malgré un long entretien avec Claude Guéant, il refuse de changer d'avis : «Ce texte est inutile.» Le gaulliste Jacques Myard, reçu aussi à l'Élysée, constate : «Si on interrogeait les députés UMP à bulletins secrets, 40 % d'entre eux voteraient contre.»«Moi, je ne vote pas avec la gauche, je vote selon mes convictions», se défend le député des Yvelines.

D'autres élus ont arrêté «définitivement» leur choix depuis le début de la discussion parlementaire. Dans cette catégorie figurent les chiraquiens Henri Cuq et Jacques Le Guen, les villepinistes Jean-Pierre Grand et François Goulard ou encore le député maire de Cholet Gilles Bourdouleix. «Ceux-là sont irrécupérables», se plaint un sarkozyste.

Des sarkozystes qui espèrent convaincre d'ici à lundi deux autres «fortes têtes». D'abord, Hervé Mariton, qui s'est abstenu en première lecture. «Aujourd'hui, je penche pour un votre contre mais, dit-il, mon choix n'est pas complètement réglé.» Son ami Georges Tron partage la même analyse : «Ce texte est mauvais mais l'attitude du PS nous place dans une position politique intenable.» Et de lâcher dans un soupir : «Je n'ai pas encore tranché mais ça va être difficile de voter contre.»

Source : Le Figaro.fr

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