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01.07.2008

Sarkozy provoque une crise avec les armées

Il a pris sa décision totalement seul, dans la nuit." La spectaculaire démission du général d'armée Bruno Cuche , chef d'état-major de l'Armée de terre, fait suite au drame de Carcassonne, bien sûr. Mais aussi à l'attitude du président de la République, hier à Carcassonne, qui se serait montré "particulièrement désagréable" avec cet officier général. Il lui aurait notamment déclaré, en pointant son doigt vers lui : "Vous êtes tous des irresponsables, pas des professionnels !". Il n'avait précédemment dit bonjour à personne, sinon au ministre de la Défense et au préfet.
Plus tôt dans la journée, a-t-on affirmé au Point , le président de la République aurait pris deux autres décisions spectaculaires. Supprimer tous les officiers généraux de la promotion de la Légion d'honneur du 14 juillet ; et ajourner toutes les nominations de généraux prévues pour le conseil des ministres de demain. Seul le général Elrick Irastorza, promis depuis plusieurs semaines à la succession du général Cuche, annoncée de longue date pour la fin août, aurait échappé à la colère présidentielle.
Le drame de Carcassonne n'est évidemment qu'un prétexte. Le président de la République n'est pas satisfait des réactions qu'a suscitées le Livre blanc de la défense et de la sécurité intérieure, qu'il a présenté le 17 juin dernier, et de leur côté, les reponsables militaires considèrent que le processus de réforme a été très mal engagé, même s'ils n'en contestent pas la nécessité sur le fond.

"Conflit entre deux cultures"

Dans un contexte assez semblable de restrictions budgétaires liées à un manque de confiance entre les militaires et leur chef constitutionnel, à l'époque de Valéry Giscard d'Estaing, le chef d'état-major de l'Armée de terre Jean Lagarde avait démissionné - en septembre 1980. Il s'agissait alors dénoncer le financement de programmes d'équipements par des restrictions sur le budget de fonctionnement.
Le problème, cette fois, semble encore plus profond. Un général ne démissionne pas à six semaines de sa retraite sans raisons majeures. Certes, le drame de Carcassonne est gravissime, et dénote une faille dans les procédures de gestion des munitions. Mais le président de la République a eu tort de céder à la colère, et a lui même créé, par sa réaction disproportionnée, les conditions d'une crise majeure. Déjà, on entend évoquer le "conflit entre deux cultures. Celle de l'immédiat et du bling-bling contre celle de la retenue, de la pudeur et du sens des responsabilités, qui n'exclut pas la connerie, hélas !".
Un officier général semble résumer l'état d'esprit, en évoquant "l'erreur qui consiste à jeter l'opprobre sur toute une institution, quand cette terrible et impardonnable faute méritait une réaction adaptée. Pas de jeter 130.000 hommes et leur chef plus bas que terre". Le Président paraît ne pas comprendre que l'excellence qu'il exige des soldats qu'il envoie combattre sous toutes les latitudes impose des conditions d'entraînement très particulières. Ce général poursuit : "Quand un groupe de combat de dix gars s'entraîne en terrain libre, ils tirent au moins 500 cartouches. On ne peut pas ramasser tous les étuis dans l'herbe, et recompter toutes les cartouches. On ne va pas fouiller au corps tous les soldats au retour du terrain ! ".

Le Point.fr

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