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13.05.2008

Les chiraquiens au musée…

Par Nicolas Domenach. Ce soir, Chirac invite tous ses ex-collaborateurs au musée Georges Pompidou. C'est pas Sarkozy qui ferait ça!

Jacques Chirac est retiré des affaires… mais pas complètement. Il a soigneusement choisi la date et le lieu de ses retrouvailles avec ses anciens collaborateurs de 1995 à 2002. Le 13 mai, en effet, pour tous les gaullistes, c'est une date symbolique, magique, le chef de la France libre était alors rappelé au pouvoir. Se retrouver 50 ans après ensemble, c'est une manière toute chiraquienne de faire revivre une histoire épique à laquelle l'ex-Président du RPR s'est toujours rattaché, même de loin, tout en reprochant à Nicolas Sarkozy de trop y rester étranger. Et bien sûr, cet anniversaire se tient dans un lieu prestigieux, mythique quasiment et qui appartient à cette épopée : le musée Georges Pompidou, ce lieu de culture en plein centre de Paris qu'a voulu contre toute l'intelligentsia à l'époque ou presque, celui qui fut le vrai père en politique de Jacques Chirac. L'ex-chef de l'Etat prône la continuité des grands, au-delà des conflits de personnes ou d'idéologies. La rupture du fil historique est pour lui une erreur.

Enfin, ce n'est pas à n'importe quelle exposition que Chirac invite ses ex-collaborateurs, mais c'est à l'exposition « Les traces du sacré ». Tout un programme, dans la philosophie chiraquienne qui a toujours prôné le respect des cultures dans leur diversité comme dans leur temporalité dépassant, transcendant celle des hommes. On n'imagine pas la Sarkozye péleriner. Comme le dit un député chiraquien « ce n'est pas dans un musée que Sarkozy réunira les collaborateurs de son « clinquennat » pardon de son quinquennat, c'est chez Louis Vuitton sur les Champs-Elysées. Clinquennat, le mot est scintillant, tranchant…

De toutes façons, l'actuel chef de l'Etat en prendra pour son grade ce soir. Mais en off. Car Chirac s'est promis de ne pas se départir de la retenue qu'il s'est imposé depuis sa retraite. Mais les mauvaises manières en même temps que les incongruités et les changements de cap erratiques de son successeur l'ont navré parfois même blessé, sinon ulcéré. Certes il ne réagira pas officiellement. Il ne critiquera pas à haute voix l'homme aujourd'hui en charge des responsabilités suprêmes, « ce ne serait pas convenable », répète-t-il à ses proches. Mais il n'apprécie guère d'abord cette façon cavalière, lui l'ancien de Saumur, de l'ignorer, de l'enterrer vivant, de ne pas faire mine même de le consulter. Ainsi, contrairement à l'année dernière, Nicolas Sarkozy ne l'a pas associé aux cérémonies de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Pourtant, souvenez-vous en mai dernier de la force de cette image des deux présidents ensemble au jardin du Luxembourg se transmettant le flambeau de la tradition, de l'esprit français de Liberté, d'Egalité, de Fraternité.

Mais comment Nicolas Sarkozy aurait-il pu le convier à ses côtés après avoir devant les députés UMP la semaine dernière ridiculisé son bilan en affirmant qu'en douze ans de règne, Chirac n'avait jamais réalisé qu'une réforme et demi (la professionnalisation du service militaire et les retraites). Et que le chiraquisme c'était l'immobilisme… Ce mépris public pour son bilan est mal passé, on s'en doute, et les chiraquiens font volontiers observer que les trois quarts des députés présents aujourd'hui à l'Assemblée nationale y ont été associés ainsi que douze ministres sarkozystes sur 37 - ils ont compté - et non des moindres puisque Sarkozy figure parmi eux ! L'ancien ministre de l'Intérieur et ministre d'Etat insistait d'ailleurs beaucoup à l'époque pour ne pas quitter les gouvernements Chirac dont il affirme aujourd'hui qu'ils n'ont rien accompli…

Quinquennat contre clinquennat

L'ancien président et ses derniers fidèles n'apprécient guère en outre certaines évolutions qui, pour être zigzagantes, n'en inquiètent pas moins. Ainsi de l'atlantisme, cette inclinaison pro américaine, cette américanofolie parfois dont fait preuve Sarkozy et qui restreint les marges de manœuvres, l'indépendance de la France. Ainsi des entorses multipliées envers la sacro-sainte laïcité qui cimente la paix spirituelle d'un pays si prompt à se déchirer. Ainsi encore du culte de l'argent, de la priorité donnée aux plus riches, du manque d'attention et de compassion pour les plus faibles. Le chiraquisme avait non seulement ses bonnes œuvres dans les mots et dans les actes mais il s'obligeait à une politique sociale mesurée. Qu'il avait recommandée à son successeur. Il l'avait aussi enjoint, et combien de fois, de ne pas bousculer une nation aussi fragile sinon tout exploserait. Il lui avait recommandé de ne pas monter les Français les uns contre les autres. Las…

Nicolas Sarkozy ne l'a pas écouté, prétendant remettre en cause les avantages acquis mais d'abord ceux de la France d'en bas et tout bousculer y compris une fonction qu'il révère davantage aujourd'hui, mais pour combien de temps ?

Certains chiraquiens en ont pris leur parti et préparent déjà la relève. Pour eux Sarkozy ne changera pas. Jamais. Ce successeur n'en est pas un. Il demeure illégitime comme Chirac l'était pour Balladur et les balladuriens dont Sarkozy... Il faut donc fabriquer un recours. Certains songent à Villepin, d'autres, plus nombreux, travaillent dès à présent au retour d'Alain Juppé ! Nicolas Sarkozy n'est plus leur président et s'ils veulent bien se rendre au musée, fut-ce celui de Georges Pompidou, c'est juste pour une soirée. Le gaullo-chiraquisme pour eux ne saurait être une nostalgie, il se veut un combat. Foi de gueule cassée.
Nicolas Domenach (Marianne2.fr)

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