« Le même amour de la poésie | Page d'accueil | Regard : Nicolas Dupont-Aignan »

22.04.2008

"Sarkozy manque de sincérité"

Quel bilan peut-on tirer de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy ? Les mauvais sondages, relatifs à cette première année au pouvoir, sanctionnent-ils davantage sa politique ou sa personnalisation bien particulière de la fonction présidentielle ?

- Le bilan de la première année de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, c'est d'abord un éloignement considérable de la tonalité, voire des propositions faites pendant la campagne présidentielle. Cela étant, c'est un grand classique français, ce n'est pas propre à Nicolas Sarkozy. La responsabilité est d'ailleurs partagée, puisqu'une majorité d'électeurs l'ont cru.
Les candidats, quels qu'ils soient, nous font toujours espérer que la politique pourra bousculer le monde. Or c'est le monde qui bouscule la politique et cela crée évidemment de la déception chez les Français.
Il y a une très mauvaise prise en compte de la situation financière. Quand il n'y a pas de sous, il faut en tirer les conséquences et, surtout, il faut l'expliquer. On ne comprend plus très bien la logique de l'action du gouvernement. Des choses ont été faites, c'est indéniable - le travail avec les syndicats est assez formidable, par exemple - mais aucun crédit n'est porté au gouvernement parce qu'il y a un déficit d'explications trop important.
Nous savons depuis des années que notre pays ne peut pas s'appuyer sur une croissance très significative mais cela fait pourtant quinze ans que les gouvernements successifs nous affirment que la dite croissance va régler tous nos maux. Il faut changer de discours.
Je pense qu'il faut adapter le fonctionnement de l'Etat aux moyens de la société française. Il nous manque, depuis trente ans, quarante milliards d'euros sur chaque budget, à récupérer dans des aménagements structurels, pour que le compte y soit. Tant que nous ne ferons pas ce travail, que les gouvernements précédents avaient également refusé de faire, la politique ne fabriquera pas de confiance.
Tant que nous n'aurons pas le sentiment que le pouvoir est sincère, qu'il nous dit les choses, qu'il nous explique qu'il ne pourra pas financer grand-chose dans la situation actuelle, il y aura une incompréhension. Et, pour le moment, des mesures très contradictoires sont annoncées. On nous dit que les caisses sont vides mais on veut faire le revenu de solidarité active (RSA). Nadine Morano [secrétaire d'Etat chargée de la Famille, ndlr] nous dit par ailleurs que sa politique familiale va coûter un milliard d'euros et on se demande comment elle va la financer. Il y a également le problème des enseignants. Tant que toutes ces questions ne seront pas tranchées, il y aura un problème.
Je pense que c'est essentiellement la politique de Nicolas Sarkozy qui est aujourd'hui remise en cause par ces sondages. Si sa politique avait donnée des résultats concrets, comme il l'avait promis, je pense que les sondages seraient bons, indépendamment de son incarnation très personnelle de la fonction présidentielle.

Le chef de l'Etat doit s'exprimer longuement jeudi soir lors d'une intervention télévisée, quelle en sera la teneur selon vous ? Comment va évoluer le Sarkozy de l'An II ?


- Je pense qu'il faut que son intervention ait une apparence de sincérité. Nicolas Sarkozy doit reconnaître, d'une part, que son action est loin de son discours de campagne. Il doit enfin prononcer l'acte de décès de sa campagne.
Ensuite, il faut qu'il dise que, dans les deux, trois, quatre ans qui viennent, l'Etat sera contraint de diminuer ses dépenses publiques. S'il ne dit pas cela avec un accent de sincérité, je crois que sa cote de popularité restera ce qu'elle est actuellement, c'est-à-dire basse.
Il faut de la sincérité dans l'action politique. Il n'y en a évidemment pas eu pendant la campagne électorale, ni d'un côté ni de l'autre. Aujourd'hui, c'est indispensable pour redonner confiance aux Français. Sinon, nous continuerons à déprimer tous en cœur et à ne pas croire dans la politique.
Je remarque, pour les seuls trois derniers jours, qu'il y a un rapport de la Cour des Comptes qui dit qu'à cause de l'accumulation de sa dette, la SNCF n'entretient plus son réseau ferré, entraînant des risques pour les usagers. Et hier, c'est le ministre de la Défense qui a annoncé que, probablement, nous ne construirions pas de second porte-avions. Non pas au terme d'une analyse stratégique mais parce que nous n'avons pas l'argent pour le faire.
Je ne sais pas s'il faut trancher dans la fonction publique, ni comment il faut le faire mais je sais que trente années durant la France a dépensé plus qu'elle n'avait gagné et cela ne peut plus durer. L'exemple du porte-avions est symptomatique.
Quand un pays, dont la défense est par ailleurs assurée, décide de ne pas construire un bâtiment militaire de ce type, c'est que la situation est grave. Et Nicolas Sarkozy doit avoir le courage de le dire. Sincèrement. Il doit trouver les mots. S'il ne prend pas tout le monde à témoin et s'il n'explique pas quels efforts il y aura à faire, il ne remplit pas son job.

Que pensez-vous des déclarations de Pierre Moscovici (député PS du Doubs) qui estime que Sarkozy a transformé l'or en plomb ?

- La formule est assez juste. Il avait effectivement de l'or dans les mains. Il a été élu assez brillamment et il a suscité un espoir. L'ambigüité, c'est que l'espoir qu'il a suscité reposait sur un volontarisme politique qui n'a, pour l'instant, pas été validé dans les faits. François Mitterrand et Jacques Chirac n'avaient cependant pas fait autre chose en 81 et en 95.

(Interview de Jean-Michel Aphatie par Nicolas Buzdugan, lundi 21 avril 2008)

Ecrire un commentaire