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15.04.2008

Otan: l'armée française deviendra-t-elle américaine?

Par Jean-Louis Denier, journaliste. La présence française en Afghanistan au sein des forces de l'Otan préfigure ce que tout le monde craint : être embringué dans nombre de guerres non choisies, sur décision américaine.

Il ne faut pas lâcher l'Afghanistan, et pour cause ! Parce que derrière cette contrée - et l'argument maintes fois rabâché de la défense de sa liberté, de la démocratie, du droit des femmes, etc. - nombre d'analystes songent, et très fortement, au Pakistan voisin. La fameuse théorie des dominos fort en vogue lors de la guerre froide est donc ressortie du placard pour l'occasion. Si l'Otan échoue en Afghanistan, le Pakistan chutera. Et avec lui, de 30 à 50 têtes nucléaires pourraient tomber en de mauvaises mains.
Mais ce que les analystes ne disent pas, c'est que la guerre islamique a déjà commencé au Pakistan. D'abord parce que cet Etat lui-même a inventé et fabriqué les Talibans, groupe mis au service de ses ambitions et vues sur l'Afghanistan, Hinterland naturel dans la rivalité qui l'oppose à L'inde. Ensuite parce que cet Etat est miné par l'islamisme radical, les officiers supérieurs de l'armée pakistanaise (notamment ceux qui manient la force de dissuasion pakistanaise) étant susceptibles de livrer - notamment pour assoir un coup d'état - secrets et matériels aux partisans du Jihad. Dans cette dernière hypothèse, l'Otan ne manquerait certainement pas d'intervenir si la prise du pouvoir était offerte, même indirectement, à des islamistes radicaux. Et la France en serait...

Epouser une alliance, c'est épouser ses querelles
Il ne faut pas se leurrer. En cas d'intervention au Pakistan, la France participerait à une mission de rétablissement de la «souveraineté pakistanaise». Car, quand bien même les décisions de l'Otan se prennent à l'unanimité – ce qui permet aussi de dire non – la logique sarkozienne est celle de l'alignement sur Washington, et ce, particulièrement dans la logique américaine de la «global war against terror».
Or, le fait d'appartenir à une alliance politico-militaire induit des conséquences plus large. On l'a vu avec les attentats qui ont frappé Madrid et Londres, suite à la participation de l'Espagne et du Royaume-Uni à l'opération Iraqi Freedom. On pourrait le voir, demain avec la Turquie (membre de l'Otan et future membre de l'Union Européenne malgré promesse d'opposition à son entrée faite par un certain... Nicolas Sarkozy), en Irak et ainsi de suite.
A cet égard, la lecture d'une carte représentant le positionnement géographique des membres actuels de l'Otan est éloquente : frontière avec la Russie, frontière avec l'Irak, frontière avec la Syrie, frontière avec l'Iran. Que dire demain si, dans l'hypothèse de l'accueil de nouveaux membres (Inde ou Japon), la géographie atlantiste se déplaçait jusqu'à la Chine ? Ce, d'autant plus que chacune de ces frontières est problématique car riche de potentielles rivalités politiques, instabilités diverses et autres conflits ouverts ou larvés.
Adopter aujourd'hui les grandes vues stratégiques et «otaniques» de Washington, c'est, tôt ou tard, ajouter au grave problème de l'islamisme radical, celui de l'affrontement USA/Chine avec la Russie opportuniste en embuscade, chacune d'elles étant, on le rappelle, une grosse puissance atomique considérant le nombre de leurs têtes nucléaires.

La dissuasion française en question
Malgré un récent discours très flou sur les conditions et motifs d'emploi de la dissuasion française, on ne fera pas croire que le retour au commandement intégré de l'Otan n'impactera pas les choix – directs et indirects - en ce domaine comme dans d'autres : par exemple, fabriquer un second porte-avions, mi-français mi-Otan.
Mais le problème de l'appartenance à une alliance, c'est qu'il induit une subordination de fait au plus fort de ses membres. Par le passé, les Etats-Unis n'ont jamais été enthousiasmés à l'idée d'une dissuasion français indépendante. Avant l'entrée en possession de l'arme atomique par notre pays, ils nous avaient imposé l'humiliant retrait à Suez en 1956 au moment du coup de force de Nasser sur le canal. Quelles couleuvres risquons-nous d'avaler dans l'avenir ? Celui d'une autorisation américaine de se servir de notre dissuasion ? Celui d'une sous-traitance atomique : une bombe française ciblant un objectif politiquement sélectionné par Washington ?
(Marianne 2)

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