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29.02.2008
Dominique de Villepin ce matin sur RTL
Thomas Legrand : Bonjour, Dominique de Villepin.
Dominique de Villepin : Bonjour.
Hier, au Cap, Nicolas Sarkozy a fait un discours qui entend marquer une rupture avec la politique traditionnelle de la France en Afrique. Le Président veut renégocier la présence militaire française dans tous les pays d'Afrique où elle se trouve. Rappelons qu'il y a 9.000 soldats français déployés dans une dizaine de pays. Il y a trois bases fixes. "La France n'a pas vocation à se maintenir indéfiniment en Afrique", a-t-il dit. C'est un discours salué par le Président Mbeki qui y voit la suite du processus de décolonisation. Et vous, monsieur de Villepin, qu'y voyez-vous dans ce discours ?
Il y a plusieurs composantes dans la politique de sécurité française en Afrique. Il y a d'abord, la protection de nos communautés. Et il y a ensuite l'application des accords de Défense et de Coopération qui, effectivement, datent d'un certain temps, des années 60...
Et qu'il faut revoir ?
... qu'il est important, effectivement, d'adapter au vu des situations nouvelles. Et puis, il y a enfin la politique de paix et d'appui à la paix dans tout le continent.
De ce point de vue-là, force est de constater que nous avons beaucoup évolué. Depuis la guerre et les massacres du Rwanda, nous avons tiré un certain nombre de leçons, et en particulier en 1998 lors du Sommet du Louvre, en mettant en place le dispositif RECAMP. Cela veut dire que quand la France intervient en Afrique, elle le fait en liaison avec ses partenaires africains dans le cadre d'actions régionales et y compris, des interventions récentes.
Je citerai le cas de la Côte d'Ivoire qui a été fait en liaison avec l'Organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest et en liaison avec les Nations Unies. C'est vrai aussi dans des interventions au Congo comme en Itouri. Nous sommes intervenus en partenariat avec nos partenaires européens.
Ce que vous voulez dire, c'est que ce n'est pas un discours de rupture ?
Ce que je veux dire, c'est que ça se situe dans le cadre de ruptures successives ou d'adaptations successives qui sont importantes parce qu'il faut constamment revoir nos dispositifs. Ce que je pense personnellement, c'est qu'il ne faut pas séparer notre politique de défense vis-à-vis de l'Afrique du reste de notre politique de sécurité dans le monde. Quelle politique pour l'Afrique ? Bien sûr. Mais aussi comment, pourquoi adapter nos dispositifs ailleurs. On a annoncé récemment que nous allions peut-être augmenter nos troupes en Afghanistan. Se pose la question de la création d'une Base à Abou Dhabi. Tout ceci doit participer d'une vision mondiale. Je crois qu'il faut se situer aujourd'hui dans le cadre mondial, donc ne pas séparer les théâtres.
Pour rester sur l'Afrique, est-ce que c'est la fin annoncée de ce qu'on appelle la France-Afrique ? Cette façon qu'a la France de par des réseaux un peu souterrains, de régler les comptes en Afrique.
Il y a deux choses différentes. Je ne crois qu'il ne faut pas mélanger. Il y a les structures de notre politique africaine par-delà de notre politique de défense, et puis il y a les mentalités. Les mentalités, ce ne sont pas les structures. Et il y a beaucoup à faire pour sortir de la politique ancienne qui reste très présente encore dans beaucoup d'esprits. Et ça, ce sont les liens anciens qui se sont noués avec l'Afrique. Il n'y a pas que du mauvais dedans, mais il faut certainement revisiter aussi notre façon d'être présents en Afrique. Le partenariat avec des générations nouvelles.
Mais vous sentez une volonté, là ?
Je sens que c'est nécessaire. Est-ce qu'il faut et comment faut-il le faire ? Je crois qu'il faut le faire avec discernement. Il faut s'adapter à des situations nouvelles. Il faut prendre en compte la montée d'un certain nombre de nouvelles générations en Afrique.
Il y a ce qu'il faut faire. Mais qu'est-ce qui se fait en ce moment, le discours de Nicolas Sarkozy et sa pratique en Afrique, pas seulement sur le plan militaire, est une rupture avec la France-Afrique ?
Le discours, pour le moment, s'attaque aux questions de structures et d'adaptions, et je le redis, ça se situe dans une perspective longue. Il y a déjà eu un certain nombre d'adaptations de structures dans le Passé et d'adaptations de Politique. La question des mentalités, c'est un temps beaucoup plus long ; mais ce domaine, il y a encore beaucoup de travail.
On a compris, dans ce domaine on n'aura pas de satisfecit de votre part sur ce que fait Nicolas Sarkozy. A propos d'Ingrid Betancourt et au vu de l'urgence humanitaire confirmée par les témoignages des otages libérés ces derniers jours, pensez-vous que les négociations peuvent s'accélérer pour sa libération parce qu'on se dit, finalement les FARC n'ont pas intérêt à avoir un mort sur la conscience ?
Les choses bougent. Elles ne bougent malheureusement pas assez vite, et l'on voit bien la situation dramatique qu'est celle d'Ingrid Betancourt, aujourd'hui, qui justifie une mobilisation encore plus forte. L'assistance médicale immédiate. Quand on voit l'état de détresse dans lequel elle se situe, je crois que c'est très important. La possibilité en urgence d'une libération humanitaire d'Ingrid avec un engagement très fort de principe qui pourrait être donné par la Communauté Internationale à Alvaro Uribe, président colombien, d'appuyer tous les efforts pour permettre la définition d'un accord global de libération des otages. Je crois qu'il y a là, trois temps qui permettraient d'avancer encore plus vite.
Mais il se passe des choses importantes. La médiation d'Hugo Chavez, le travail qu'il a effectué, le sentiment que l'on peut avoir qu'aujourd'hui les FARC infléchissent leur position. Ils avaient dit très clairement qu'il n'y aurait pas de nouvelle libération. Quatre Parlementaires ont été libérés dont Luis Perez, ce Parlementaire qui a rencontré Ingrid Betancourt, il n'y a pas très longtemps.
Est-ce que c'est de bonne stratégie de dire, comme l'a fait le Président, hier : "Si ça fait partie de la négociation, s'il le faut, j'irais à la frontière la chercher" ?
Je pense que tout ce qui peut être fait va dans le bon sens ; et en tout état de cause, c'est la mobilisation internationale, nous le voyons, porte ses fruits.
On change de sujet. Le Contrat Nouvel Embauche : vous l'avez créé quand vous étiez Premier ministre. Il est mort, hier, de ne pas être conforme aux normes internationales. Tous les CNE seront requalifiés en CDI. C'est difficile de réformer ?
C'est difficile, mais c'est nécessaire. Ca demande beaucoup d'humilité et surtout beaucoup de détermination. Quand je suis arrivé à Matignon, j'ai engagé la bataille pour l'emploi. Nous avons vu les résultats. Au bout de deux ans, 20% de chômeurs en moins dans notre pays.
Aujourd'hui, le chômage monte.
Alors, il y a 13.200 chômeurs en plus dans notre pays au mois de janvier. Il faut espérer que ce soit qu'un mouvement saisonnier ; mais nous savons que la situation économique est difficile, voire très difficile pour 2008, avec une croissance en baisse, une augmentation des déficits, un contexte international extrêmement compliqué avec la hausse du prix du pétrole et la situation de l'euro par rapport au dollar. Tout ceci justifie, une fois de plus, que l'on se batte au quotidien et que l'on aille chercher effectivement les emplois. Ca veut dire : continuer à faire ce que fait le gouvernement en accélérant son calendrier. Le gouvernement a bien agi quand il a affirmé la nécessité d'avancer encore plus vite dans la réforme du service public de l'emploi, dans la réforme de l'université et dans la réforme du contrat de travail. Mais nous savons que ces réformes sont des réformes longues. Elles impliquent un travail long. Il faut donc essayer d'obtenir des résultats plus rapidement. Comment faire ? Le CNE, c'était un moyen, un dispositif permettant de répondre à la situation des petites et moyennes entreprises de moins de 20 salariés.
Mais c'est illégal.
Alors, je crois qu'il est important en permanence de travailler sur de nouvelles adaptations possibles. Il faut trouver pour les PME le moyen de répondre à leurs besoins. Elles sont inquiètes. Elles n'ont plus les instruments qui étaient nécessaires. Comment faire ? Nous voyons également que la situation des jeunes se détériore au mois de janvier comme la situation des femmes. Là aussi, il faut continuer à chercher de nouveaux instruments.
Pour qui allez-vous voter aux Municipales ?
Ah je l'ai dit, je voterai "local". Je vote dans le XVIIe arrondissement...
Oui, mais UMP ou... ?
Et comme vous le savez, le vote est secret. Vous savez, je suis fidèle aux engagements qui sont les miens. Donc de ce point de vue-là, il n'y a pas beaucoup de surprise ; mais je vote "local". Je pense que ce serait une grande erreur de vouloir politiser ce scrutin. Ce scrutin se fait pour élire les chefs de municipalité. Il faut être fidèle à cela.
Dominique de Villepin vote "local". On ne sait pas si ça veut dire UMP. Merci Dominique de Villepin.
Merci à vous.
Auteur : Thomas Legrand
Dominique de Villepin : Bonjour.
Hier, au Cap, Nicolas Sarkozy a fait un discours qui entend marquer une rupture avec la politique traditionnelle de la France en Afrique. Le Président veut renégocier la présence militaire française dans tous les pays d'Afrique où elle se trouve. Rappelons qu'il y a 9.000 soldats français déployés dans une dizaine de pays. Il y a trois bases fixes. "La France n'a pas vocation à se maintenir indéfiniment en Afrique", a-t-il dit. C'est un discours salué par le Président Mbeki qui y voit la suite du processus de décolonisation. Et vous, monsieur de Villepin, qu'y voyez-vous dans ce discours ?
Il y a plusieurs composantes dans la politique de sécurité française en Afrique. Il y a d'abord, la protection de nos communautés. Et il y a ensuite l'application des accords de Défense et de Coopération qui, effectivement, datent d'un certain temps, des années 60...
Et qu'il faut revoir ?
... qu'il est important, effectivement, d'adapter au vu des situations nouvelles. Et puis, il y a enfin la politique de paix et d'appui à la paix dans tout le continent.
De ce point de vue-là, force est de constater que nous avons beaucoup évolué. Depuis la guerre et les massacres du Rwanda, nous avons tiré un certain nombre de leçons, et en particulier en 1998 lors du Sommet du Louvre, en mettant en place le dispositif RECAMP. Cela veut dire que quand la France intervient en Afrique, elle le fait en liaison avec ses partenaires africains dans le cadre d'actions régionales et y compris, des interventions récentes.
Je citerai le cas de la Côte d'Ivoire qui a été fait en liaison avec l'Organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest et en liaison avec les Nations Unies. C'est vrai aussi dans des interventions au Congo comme en Itouri. Nous sommes intervenus en partenariat avec nos partenaires européens.
Ce que vous voulez dire, c'est que ce n'est pas un discours de rupture ?
Ce que je veux dire, c'est que ça se situe dans le cadre de ruptures successives ou d'adaptations successives qui sont importantes parce qu'il faut constamment revoir nos dispositifs. Ce que je pense personnellement, c'est qu'il ne faut pas séparer notre politique de défense vis-à-vis de l'Afrique du reste de notre politique de sécurité dans le monde. Quelle politique pour l'Afrique ? Bien sûr. Mais aussi comment, pourquoi adapter nos dispositifs ailleurs. On a annoncé récemment que nous allions peut-être augmenter nos troupes en Afghanistan. Se pose la question de la création d'une Base à Abou Dhabi. Tout ceci doit participer d'une vision mondiale. Je crois qu'il faut se situer aujourd'hui dans le cadre mondial, donc ne pas séparer les théâtres.
Pour rester sur l'Afrique, est-ce que c'est la fin annoncée de ce qu'on appelle la France-Afrique ? Cette façon qu'a la France de par des réseaux un peu souterrains, de régler les comptes en Afrique.
Il y a deux choses différentes. Je ne crois qu'il ne faut pas mélanger. Il y a les structures de notre politique africaine par-delà de notre politique de défense, et puis il y a les mentalités. Les mentalités, ce ne sont pas les structures. Et il y a beaucoup à faire pour sortir de la politique ancienne qui reste très présente encore dans beaucoup d'esprits. Et ça, ce sont les liens anciens qui se sont noués avec l'Afrique. Il n'y a pas que du mauvais dedans, mais il faut certainement revisiter aussi notre façon d'être présents en Afrique. Le partenariat avec des générations nouvelles.
Mais vous sentez une volonté, là ?
Je sens que c'est nécessaire. Est-ce qu'il faut et comment faut-il le faire ? Je crois qu'il faut le faire avec discernement. Il faut s'adapter à des situations nouvelles. Il faut prendre en compte la montée d'un certain nombre de nouvelles générations en Afrique.
Il y a ce qu'il faut faire. Mais qu'est-ce qui se fait en ce moment, le discours de Nicolas Sarkozy et sa pratique en Afrique, pas seulement sur le plan militaire, est une rupture avec la France-Afrique ?
Le discours, pour le moment, s'attaque aux questions de structures et d'adaptions, et je le redis, ça se situe dans une perspective longue. Il y a déjà eu un certain nombre d'adaptations de structures dans le Passé et d'adaptations de Politique. La question des mentalités, c'est un temps beaucoup plus long ; mais ce domaine, il y a encore beaucoup de travail.
On a compris, dans ce domaine on n'aura pas de satisfecit de votre part sur ce que fait Nicolas Sarkozy. A propos d'Ingrid Betancourt et au vu de l'urgence humanitaire confirmée par les témoignages des otages libérés ces derniers jours, pensez-vous que les négociations peuvent s'accélérer pour sa libération parce qu'on se dit, finalement les FARC n'ont pas intérêt à avoir un mort sur la conscience ?
Les choses bougent. Elles ne bougent malheureusement pas assez vite, et l'on voit bien la situation dramatique qu'est celle d'Ingrid Betancourt, aujourd'hui, qui justifie une mobilisation encore plus forte. L'assistance médicale immédiate. Quand on voit l'état de détresse dans lequel elle se situe, je crois que c'est très important. La possibilité en urgence d'une libération humanitaire d'Ingrid avec un engagement très fort de principe qui pourrait être donné par la Communauté Internationale à Alvaro Uribe, président colombien, d'appuyer tous les efforts pour permettre la définition d'un accord global de libération des otages. Je crois qu'il y a là, trois temps qui permettraient d'avancer encore plus vite.
Mais il se passe des choses importantes. La médiation d'Hugo Chavez, le travail qu'il a effectué, le sentiment que l'on peut avoir qu'aujourd'hui les FARC infléchissent leur position. Ils avaient dit très clairement qu'il n'y aurait pas de nouvelle libération. Quatre Parlementaires ont été libérés dont Luis Perez, ce Parlementaire qui a rencontré Ingrid Betancourt, il n'y a pas très longtemps.
Est-ce que c'est de bonne stratégie de dire, comme l'a fait le Président, hier : "Si ça fait partie de la négociation, s'il le faut, j'irais à la frontière la chercher" ?
Je pense que tout ce qui peut être fait va dans le bon sens ; et en tout état de cause, c'est la mobilisation internationale, nous le voyons, porte ses fruits.
On change de sujet. Le Contrat Nouvel Embauche : vous l'avez créé quand vous étiez Premier ministre. Il est mort, hier, de ne pas être conforme aux normes internationales. Tous les CNE seront requalifiés en CDI. C'est difficile de réformer ?
C'est difficile, mais c'est nécessaire. Ca demande beaucoup d'humilité et surtout beaucoup de détermination. Quand je suis arrivé à Matignon, j'ai engagé la bataille pour l'emploi. Nous avons vu les résultats. Au bout de deux ans, 20% de chômeurs en moins dans notre pays.
Aujourd'hui, le chômage monte.
Alors, il y a 13.200 chômeurs en plus dans notre pays au mois de janvier. Il faut espérer que ce soit qu'un mouvement saisonnier ; mais nous savons que la situation économique est difficile, voire très difficile pour 2008, avec une croissance en baisse, une augmentation des déficits, un contexte international extrêmement compliqué avec la hausse du prix du pétrole et la situation de l'euro par rapport au dollar. Tout ceci justifie, une fois de plus, que l'on se batte au quotidien et que l'on aille chercher effectivement les emplois. Ca veut dire : continuer à faire ce que fait le gouvernement en accélérant son calendrier. Le gouvernement a bien agi quand il a affirmé la nécessité d'avancer encore plus vite dans la réforme du service public de l'emploi, dans la réforme de l'université et dans la réforme du contrat de travail. Mais nous savons que ces réformes sont des réformes longues. Elles impliquent un travail long. Il faut donc essayer d'obtenir des résultats plus rapidement. Comment faire ? Le CNE, c'était un moyen, un dispositif permettant de répondre à la situation des petites et moyennes entreprises de moins de 20 salariés.
Mais c'est illégal.
Alors, je crois qu'il est important en permanence de travailler sur de nouvelles adaptations possibles. Il faut trouver pour les PME le moyen de répondre à leurs besoins. Elles sont inquiètes. Elles n'ont plus les instruments qui étaient nécessaires. Comment faire ? Nous voyons également que la situation des jeunes se détériore au mois de janvier comme la situation des femmes. Là aussi, il faut continuer à chercher de nouveaux instruments.
Pour qui allez-vous voter aux Municipales ?
Ah je l'ai dit, je voterai "local". Je vote dans le XVIIe arrondissement...
Oui, mais UMP ou... ?
Et comme vous le savez, le vote est secret. Vous savez, je suis fidèle aux engagements qui sont les miens. Donc de ce point de vue-là, il n'y a pas beaucoup de surprise ; mais je vote "local". Je pense que ce serait une grande erreur de vouloir politiser ce scrutin. Ce scrutin se fait pour élire les chefs de municipalité. Il faut être fidèle à cela.
Dominique de Villepin vote "local". On ne sait pas si ça veut dire UMP. Merci Dominique de Villepin.
Merci à vous.
Auteur : Thomas Legrand
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